Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/926

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puté, et dites-leur que la conquête a ajouté un droit nouveau à mes anciens droits ; vous êtes doublement ma chose. » Presqu’en même temps, le général Bellegarde s’emparait de Milan au nom de l’Autriche, et renversait la régence. Malgré les promesses de lord Bentinck et les espérances des Italiens, c’en était fait du royaume d’Italie, et la péninsule tout entière retournait à ses anciens maîtres.

Une prise de possession aussi brusque avait semé des deux côtés des germes de défiance et d’irritation : l’Autriche ne tarda pas à manifester ses mauvais vouloirs ; l’armée italienne fut dissoute et dispersée dans les provinces héréditaires ; la réaction frappa indistinctement les personnes et les choses. Tout débat politique fut interdit ; la presse se vit réduite au silence, l’industrie nationale paralysée ; les écoles mutuelles furent fermées, après quelques années d’un succès trop brillant. Le théâtre même fut rejeté dans l’ornière d’où l’on avait essayé de le faire sortir ; un vaste réseau de tyrannies savantes et systématiques enveloppa le pays tout entier. Cependant les partisans déçus de l’indépendance italienne, les Confalonieri, les Porro, les Arrivabene, bien d’autres encore, opposaient à l’oppression étrangère tous les moyens individuels qui étaient en leur pouvoir ; c’était entre eux et Vienne une lutte sourde, muette, acharnée. Toute voie étant fermée à la discussion libre des intérêts publics, on se retrancha dans le silence menaçant des sociétés secrètes ; le carbonarisme sortit pour ainsi dire de ses cendres, et, il étendit bientôt ses ramifications dans toutes les villes du royaume lombardo-vénitien, surtout à Venise ; le rêve des adeptes était alors l’indépendance constitutionnelle de la haute Italie.

Les choses en étaient là, lorsqu’éclata comme un coup de tonnerre la double révolution du Piémont et des Deux-Siciles. Qu’on juge des alarmes de l’Autriche ! Elle commença par fulminer les proclamations les plus violentes contre les carbonari. L’arrêté de Venise du 25 août 1820 est resté comme un monument de ces jours calamiteux « L’article 53, dit-il, sera appliqué à quiconque entrera dans ladite société, et les articles 54 et 55 à tous ceux qui auront négligé d’en arrêter les progrès ou d’en dénoncer les membres. » Or, l’article 53 est la peine de mort, les autres sont le carcere duro et durissimo. Les