Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/933

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de son audace, car c’en était une alors, si simple que cela nous paraisse aujourd’hui. Sa hardiesse n’eut pas d’abord d’imitateurs : Monti et même Pindemonte restèrent fidèles aux vieux autels, et, quoique Foscolo ait écrit plus tard Ricciarda, ce fut de sa part une concession ; il inclinait fortement vers les sujets mythologiques, témoin son Thyeste et son Ajax. On en peut dire autant du duc de Ventignano et de Jean-Baptiste Niccolini, qui commencèrent par des Médée, des Iphigénie, des Polixène, vaut d’aller chercher dans les annales vénitiennes, celui-ci son Foscarini, l’autre son Anna Erizo.

Lorsque éclata l’insurrection romantique du Conciliateur, la question dramatique fut vivement débattue et devint pour ainsi dire le champ de bataille des deux partis ; il ne s’agissait plus seulement du choix des sujets, sur ce point on aurait fini par s’entendre : il s’agissait de la fameuse trinité aristotélique. Retranchés derrière le rempart vermoulu, mais vénéré, de la tradition, les classiques firent une longue résistance ; la place n’en fut pas moins emportée d’assaut et les terribles lois impunément abrogées. Le premier à passer par la brèche fut Manzoni ; il eut les honneurs du triomphe. Silvio suivait, mais à distance, et d’un pas qui marquait de l’hésitation ; on eût dit que déjà, même pendant le combat, il craignait les abus de la victoire. Il y a des cœurs timides qui redoutent le succès autant que la défaite. Quant à lui, soit qu’il ne l’ait pas voulu, soit qu’il ne l’ait pas pu, il n’a tiré pour son propre compte aucun parti de la victoire obtenue, lui aidant, par les novateurs ; par une inconséquence au moins singulière, il a continué le drame d’Alfieri sans lui faire faire un pas en avant, comme si la révolution n’avait pas eu lieu. Il est difficile de ne pas voir dans cette réserve d’exécution une improbation tacite des théories émancipatrices si habilement défendues par l’auteur de Carmagnola.

Outre ses huit tragédies, Silvio Pellico a publié une douzaine de petites nouvelles en vers qu’il a appelées Cantiche. Il les met dans la bouche d’un trouvère de Salaces, qui est censé les chanter de château en château ; mais, des rigoristes outrés s’étant formalisés d’une fiction qu’ils regardaient comme un mensonge, Silvio a dû se justifier et s’en déclarer l’auteur. Ces cantiche sont invariablement tirées du moyen-âge. — Tancreda est une héroïne élevée dans les forêts ; elle combat les Mores virilement et prend le voile parce qu’elle a perdu son père. — Rosilde est une jeune épouse malade qui va délivrer son mari fait prisonnier sur la route de Rome, où il allait en