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ment, comme il arrive dans un songe aimable. Jusque-là, observe le chroniqueur, elle n’avait eu garde de s’éveiller.

— Est-ce un songe ? demanda la signora pour avoir plus de temps à ne pas savoir où elle en était.

— Oui, c’est un songe, murmura Callot en lui saisissant la main.

— Où suis-je ? Que vois-je ? C’est vous, Jacques !

— Ne craignez rien, murmura le jeune homme en tombant agenouillé sur le tapis ; je suis venu malgré moi-même, tant votre image me fascine.

— Voilà bien de l’audace ! Vous êtes entré par la fenêtre ?

— Par la porte, dit Jacques en rougissant.

— Et si maître Thomassin survenait par le chemin que vous avez pris ?

Disant cela, la signora regardait le portrait de son mari. Involontairement Jacques Callot regarda aussi le portrait.

— C’est étrange, dit-il avec émotion.

— Qu’avez-vous donc ?

— Rien. Ce portrait est d’une ressemblance frappante. N’en parlons plus ; laissez parler mon cœur, qui est plein de vous-même ; c’est un plus joli sujet de conversation.

— Je sais tout ce que vous voulez me dire. Retournez à votre chambre, oubliez que vous êtes entré ici par égarement et par surprise. Pas un mot de plus, et je vous pardonne.

— Partir ! Vous ne devinez donc pas tout ce qu’il m’a fallu d’héroïsme amoureux pour venir ici ?

Callot toucha au même instant de la main et des lèvres la blanche main de la signora. Un son de voix couvrit le bruit du baiser. La dame poussa un petit cri aigu ; Callot tourna la tête avec inquiétude. Il ne vit rien de nouveau ; son regard un peu effaré s’arrêta encore sur le portrait de son maître. – Ce diable de portrait, dit-il en souriant, est bien capable de donner son avis.

Et par un semblant d’audace mal entendue, Jacques Callot se leva et s’avança d’un air moqueur vers le portrait.

— Voyons, maître Thomassin, donnez-nous votre avis.

A cet instant solennel, le portrait se détourna pour laisser passer l’original.

— Mon avis, dit maître Thomassin avec fureur, c’est que vous passiez par la fenêtre.

Cette fois, Callot lui-même croyait rêver. Il jugea à propos de laisser