Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/964

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palais et se remit au travail avec plus d’ardeur que chez Thomassin. Outre son ancien maître qu’il avait retrouvé, il rencontra un peintre et graveur qui lui fut précieux ; c’était Alphonse Parigi, qui préparait le recueil des scènes de ballet, carrousels et comédies formant le spectacle pompeux du grand-duc. Callot passa quelque temps à cette œuvre. Ce fut alors, s’il en faut croire quelques indices, que pour se délasser Callot prit çà et là le pinceau des mains de ses amis les peintres Stella et Napolitain. Il peignit au hasard, n’écoutant que sa fantaisie, quelques sujets flamands par le style. Dans la galerie du palais Corsini, on trouve douze petites toiles représentant la Vie du Soldat ; le catalogue les signe du nom de Jacques Callot, mais les catalogues se trompent souvent. Un petit tableau plus authentique est demeuré dans la galerie de Florence, en témoignage du talent de Callot comme peintre. Ce tableau est dans la salle des Allemands et des Hollandais. Il représente un guerrier vu à mi-corps, costumé à l’espagnole, avec coiffure à panache. On retrouve la manière piquante du graveur dans ce petit tableau ; c’est la même pureté de dessin, la même touche fière et fine, la même grace ingénieuse de composition. On dirait presque une page légère de Terburg. Du reste, il ne faut pas s’y méprendre, Callot n’a jamais été un peintre, pas plus que Jean-Jacques n’a été un musicien ; l’effet du hasard ou du caprice ne doit guère compter dans les arts. Les enthousiastes de Callot ont voulu à toute force nous le représenter comme peintre ; ils ont vu partout de ses œuvres au pinceau, peu s’en faut qu’ils ne l’aient déclaré plus fécond que Van Ostade. Je pense qu’il faut accorder plus de foi à Vasari, à Balduccini et à l’abbé Lanzi, qui gardent le silence sur Callot dans leurs histoires de la peinture.

Callot demeura dix ans à Florence. Cosme II étant mort, Ferdinand lui accorda pareille protection. Il fut même honoré, comme les beaux génies du grand-duché, d’une médaille d’or suspendue à une chaîne précieuse. Durant ces dix années de labeur à peine fleuries de quelques amours en plein vent, il grava, entre autres sujets dignes de son talent, le Puits et le Purgatoire, le Voyage de la Terre-Sainte, le Massacre des Innocens, la Foire de l’Imprunetta, la Grande Passion, la Vie du Soldat, et mille autres fantaisies charmantes et grotesques, toujours originales.

Ces planches sont presque toutes des merveilles de l’art ; Callot y est arrivé à des effets magiques inconnus avant lui, inconnus après lui pour ses imitateurs même. Jamais le cuivre ne résistait à sa main