Page:Revue des Deux Mondes - 1843 - tome 2.djvu/147

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sir James Graham ont laissé leur parti organiser et propager l’agitation contre la nouvelle loi des pauvres, mais, une fois au pouvoir, ils ne se sont plus occupés que d’exécuter cette loi, comme avaient fait leurs prédécesseurs.

Nous pourrions encore rappeler ici plusieurs exemples de cette tendance du gouvernement anglais à centraliser l’autorité et l’administration : ainsi la réforme des corporations municipales et l’abolition des privilèges héréditaires dont elles étaient investies ; l’établissement d’une espèce de gendarmerie pour tout le royaume, ne relevant que du gouvernement ; la tentative, tentative infructueuse il est vrai, faite par lord John Russell pour faire rentrer la police municipale de Londres sous le contrôle du ministère de l’intérieur ; et beaucoup d’autres encore, outre la question dont nous nous occupons, celle de l’instruction primaire.

La proposition de lord John Russell devait donc aboutir, en réalité, à l’établissement d’un ministère de l’instruction publique, et elle faisait cesser de fait le monopole des deux sociétés d’éducation en donnant au gouvernement le droit d’accorder des subventions aux écoles indépendantes. Nous avons dit que de ces deux sociétés, l’une était restée exclusivement, sous la direction de l’église établie, l’autre avait été abandonnée aux dissidens ; aussi vit-on et anglicans et dissidens se liguer contre la proposition du gouvernement. Le parti de l’église l’attaqua comme devant soumettre l’éducation religieuse à une commission de laïques dans laquelle pouvaient se trouver des dissidens ; le parti méthodiste la combattit à son tour comme constituant une atteinte à la liberté de conscience. Mettre l’éducation du peuple sous le contrôle exclusif de cinq membres du cabinet, c’était faire d’une question générale et nationale une question de parti et une affaire de majorité et de minorité dans le parlement. A chaque changement de ministère, il y aurait un changement de système ; le cabinet whig était au pouvoir, et il ouvrait la porte aux dissidens ; mais, le lendemain, un cabinet tory pouvait placer l’éducation sous le contrôle du banc des évêques. Les dissidens avaient donc autant d’intérêt que les anglicans orthodoxes à repousser cette subordination de l’instruction religieuse la couleur politique du gouvernement du jour.

Une autre partie du plan proposé par le gouvernement souleva une opposition encore plus vive, celle en vertu de laquelle l’instruction religieuse des enfans devait être confiée aux ministres de la religion qu’ils professaient. Ainsi, à certaines heures de la journée, le système de l’éducation en commun devait être suspendu, et anglicans, dissidens et catholiques devaient recevoir séparément les enseignemens de leurs ministres respectifs. Cette disposition, qui consacrait la neutralité de l’état en matière de religion, était aussi contraire à l’esprit de la constitution qu’aux mœurs nationales de l’Angleterre. L’opinion publique se souleva contre elle, et l’église organisa dans tout le pays une agitation devant laquelle la tentative d’émancipation de l’état finit par avorter.

Cette question de l’éducation fut une de celles qui contribuèrent le plus à