Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/146

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exemples, je crois pouvoir dire quelques mots des saintes familles fondées dans les départemens du Rhône et de la Loire par les frères Pousset. Les renseignemens que l’on va lire m’ont été adressés par un honorable député de la Loire, qui a jugé cet institut avec une parfaite liberté d’esprit.


« Ces deux ecclésiastiques ont pour toute fortune un domaine de médiocre valeur que leur père leur a laissé dans la commune de Cordelle, située sur la rive gauche de la Loire, à dix kilomètres sud de Roanne. L’aîné est curé de l’église des Chartreux, à Lyon. Il a commencé son œuvre par recueillir quelques pauvres filles enlevées à la misère et au vice ; leur travail était à peu près la seule ressource de l’asile qu’il leur ouvrait, et quand il y a organisé un atelier, il ne songeait guère à toutes les conséquences économiques que cette institution pouvait avoir.

« Il existe aujourd’hui quatre maisons de saintes familles, une à Lyon, une autre à Beaujeu (Rhône), une troisième à Cordelle (Loire), et une quatrième à Mornand (Rhône). La première a quinze ans d’existence, et la troisième en a six ; celle de Mornand est récente. Je n’ai vu que la maison de Cordelle, qui renfermait 53 personnes au mois de septembre dernier.

« Cette maison est située dans un lieu élevé ; elle est entourée d’un vaste jardin, où les filles qui l’habitent cultivent des fleurs pour leur amusement. La nature de leurs travaux ne permet pas qu’elles se livrent à une culture plus rude ni plus fatigante. Le bâtiment a été construit pour sa destination.

« La cuisine, le blanchissage, la couture et la réparation du linge, ainsi que des vêtemens, enfin le service de propreté, regardent les filles de la maison ; elles s’y livrent, suivant la nature de ces occupations, tour à tour ou en commun. Le travail rétribué consiste dans le dévidage de la soie teinte et dans le tissage des étoffes de satin pour la fabrique de Lyon. Les négocians de Lyon envoient la soie en écheveaux, on leur rend le satin en pièces. Le travail est toujours fait avec le plus grand soin, et les correspondans de la maison ont la certitude de recevoir le poids qu’ils ont donné ; avec les ouvriers qui travaillent en chambre, ils ont souvent la certitude contraire.

« Sur les vingt-quatre heures de la journée, huit sont données au sommeil, douze au travail, et quatre se partagent entre la prière, les repas, la récréation, les soins de propreté ; mais les heures du travail sont coupées par quatre intervalles différens. Le régime alimentaire est sain, abondant et fortifiant. Le linge de corps et la literie sont proprement tenus. Le travail se fait dans un atelier commun ; il y a des heures auxquelles le silence est prescrit, d’autres pendant lesquelles la conversation est permise, d’autres consacrées à chanter des cantiques en chœur.

«Les résultats économiques ne paraissent pas à dédaigner. Ces filles sont mieux nourries, mieux vêtues, mieux logées que les ouvrières libres. On a dit que l’abbé Pousset faisait des bénéfices énormes ; je crois, pour ma part,