Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/940

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l’histoire, de la philosophie, des sciences sociales, pour y ramener cette jeunesse enthousiaste qui, en 1836, en 1838, en 1840, se dévouait ardemment à sa mission régénératrice, il suffira que le gouvernement assure aux professeurs une rémunération convenable. Le gouvernement, c’est l’élite de cette même jeunesse : il ne faut point douter que celle-ci n’ait à cœur de reprendre son œuvre et de la consommer.

On le voit donc, malgré les convulsions et les guerres civiles, l’Espagne renaît à la vie intellectuelle, que l’on y croyait pour jamais éteinte. Comment ne pas augurer favorablement de l’avenir dans un pays où la génération nouvelle, sincèrement éprise de poésie et de science, comprend enfin à quelles conditions s’accomplit le progrès littéraire et philosophique. On partagera nos espérances pour peu que l’on ait eu le spectacle de l’animation que donne en ce moment à la presse de Madrid le concours de toutes les ambitions et de tous les talens : et encore ne parlons-nous point de la presse quotidienne, exclusivement absorbée aujourd’hui, nous le répétons avec douleur, par les colères de la politique. Il y a là pourtant quelques hommes d’élite dont il est déplorable que la verve et l’énergie se dissipent en des polémiques stériles : — au Castellano, don Vicente-Diez Canseco, un des écrivains les plus déterminés et les mieux instruits du jeune parti progressiste ; à l’Heraldo, don Luis Sartorius, don José Zaragosa, dont l’éloquence nerveuse exerçait au congrès une réelle influence, et don Manuel Garcia-Barzanallana, le publiciste de l’Espagne qui depuis 1840 a le plus fait pour la réorganisation de l’enseignement public ; — au Pensamiento de la nacion, don Jaime Balmes, le fondateur de la Sociedad de Barcelone, qui dans son journal de Madrid comme dans sa revue catalane, prêche bien haut tous les jours, en sa double qualité de citoyen et de prêtre, l’alliance du catholicisme et de la liberté ; — au Corresponsal, don Buonaventura-Carlos Aribau, qui déjà s’était fait un certain renom par de consciencieuses études de philologie. S’il est vrai que le succès oblige, n’était-ce pas un devoir pour M. Aribau de continuer ses utiles et curieuses recherches ? Quel autre enseignement était plus populaire que le sien, quand, remontant aux origines de la langue, il analysait pour ainsi dire une à une toutes ces pompes latines, toutes ces splendeurs arabes dont s’est formé le dialecte castillan ?

Durant les dernières agitations, trois écrivains politiques avaient disparu de l’arène : — l’ancien directeur d’el Sol, don Antonio de los Rios y Rosa, qui, le premier, s’appliquait scrupuleusement à plier l’impétuosité espagnole aux procédés inflexibles de la dialectique française ; — l’ancien directeur d’el Correo Nacional, don Nicomedes Pastor-Diaz, aujourd’hui député de la Corogne, orateur ardent, et pourtant maître de lui-même, qui jamais n’engagerait l’action, dans le journal ou à la tribune, sans avoir d’abord, non-seulement affilé, mais ciselé son épée de combat ; — et, après eux, le rédacteur en chef de l’Éco del Comercio, don Fernando Corradi, ce fougueux défenseur d’Olozaga, à l’époque même où Olozaga fuyait sur le chemin de Lisbonne. C’est une émeute d’aide-de-camps et d’officiers d’ordonnance qui,