Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 7.djvu/451

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dans le monde. La révolution lui était chère, la recherche des moyens d’en concilier les principes avec la sûreté et l’influence de notre nation au milieu des nations européennes le préoccupait vivement ; les affaires étrangères avaient pour lui l’attrait qu’elles offrent presque toujours aux esprits philosophiques. Peut-être est-ce que, par l’étendue même de la sphère dans laquelle elles se meuvent, elles rappellent davantage la généralité des problèmes, familiers à la philosophie.

M. Jouffroy était appelé naturellement à siéger dans la chambre élective, et le rang qu’il occupait parmi ceux de son âge le désignait aux suffrages de ses concitoyens. Il fut nommé député en juillet 1831, aux seules élections qui se soient effectuées sous le ministère de M. Casimir Perier Il entra dans la chambre avec l’intention si naturelle aux nobles esprits, mais que je n’ai jamais vu un homme raisonnable suivre jusqu’au bout, d’y garder une indépendance absolue. Ce dessein était peut-être d’une exécution moins difficile pour lui que pour un autre, il vivait assez solitaire, les petites passions lui étaient étrangères les petites questions indifférentes. Généralisateur par penchant et par métier, il ne s’abaissait pas aisément aux conditions des affaires courantes, aux exigences momentanées des associations parlementaires. Il acceptait, il entendait à peine les considérations particulières qui, à toutes les époques, presque à toutes les séances, déterminent dans les assemblées la conduite des partis. Il n’entrait pas aisément dans les pensées des autres ; son intelligence ne recueillait en quelque sorte que ce qu’elle avait semé. Il put donc, un temps du moins, traverser avec assez d’indifférence les luttes passionnées des premières années : de sa vie publique.

Cet esprit, habitué à tout tenir de lui-même, était par cette raison lent à se modifier. M. Jouffroy resta donc d’abord dans une sorte d’isolement. Toujours bienveillant et de bon conseil pour ses amis, il ne les suivait point et se tenait à distance. Il aimait leurs succès, il ne leur refusait ni les encouragemens ni les éloges ; mais sa sympathie n’allait pas plus loin. Il demeurait sur le rivage, regardant tristement les flots agités, toujours prêt à soutenir d’une parole amie ceux qui luttaient contre l’orage, à tendre une main secourable à ceux qui, regagnant la terre, venaient se reposer sur la plage auprès de lui.

Mais le temps fléchit tout, et les esprits indépendans sont ceux qu’il est le plus lent à dompter. Le temps ne fit jamais de M. Jouffroy un député ambitieusement actif, cependant il le rapprocha de plus en plus des hommes politiques et l’unit avec eux par des liens plus étroits. A mesure que nos discussions se pacifièrent, sa voix tranquille put se mieux