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expiré, et, à l’heure qu’il est, les États-Unis sont en instance auprès de l’empereur pour négocier de nouvelles stipulations. Les jeunes républiques de l’Amérique méridionale et centrale ont aussi envoyé une espèce de représentant à Tanger ; mais ces états font encore trop peu d’affaires au Maroc pour que leur agent y puisse avoir le moindre crédit.

En 1820, la Sardaigne, ayant pris possession de Gênes, se vit forcée de composer avec Muley-Soliman ; cette année-là même, les bases d’une convention commerciale furent discutées et arrêtées le traité cependant ne fut conclu qu’en 1825. En 1825, le gouvernement sarde établit un consulat-général à Tanger La vieille Gênes, du reste, avant que les autres nations européennes songeassent à trafiquer au Maroc, y jouissait d’une sorte de trêve qui, à vrai dire, équivalait à un traité de paix. Au moyen-âge, un spéculateur génois exploitait avec de grands avantages les bois de construction de l’Atlas. A cette époque déjà, l’empereur de Maroc avait à Gênes un chargé d’affaires, le seul qui, à poste fixe, ait jamais résidé en Europe. Ce qu’il y a d’étrange, c’est que, depuis la déchéance de l’antique république ligurienne, le représentant de la barbarie africaine n’ait pas été rappelé. Ce chargé d’affaires est accrédité auprès du roi de Sardaigne, mais c’est encore à Gênes qu’il remplit ses fonctions, qui aujourd’hui, à la vérité, n’exigent point des relations fréquentes avec la cour de Turin.

Le royaume des Deux-Siciles a été le dernier à négocier avec le Maroc. Par l’intermédiaire du consul britannique, les Deux-Siciles conclurent, en 1827, un traité qui est demeuré une lettre morte. Les intérêts napolitains sont si peu protégés au Maroc, que la cour de Naples ne vient à bout d’empêcher les plus grandes avanies qu’en adressant à l’empereur de continuelles menaces d’armement. On se rappelle celui qui, en 1834, a été sur le point de se diriger sur Tanger. Vers la fin de la restauration également, la ville anséatique de Hambourg a essayé de prendre position sur les côtes méditerranéennes ; aujourd’hui même, elle a pour chargé d’affaires le consul portugais. Avant Naples et Hambourg, en 1817, la Prusse avait fait faire, par le consul de Suède, quelques ouvertures au sultan Muley-Soliman, qui les cueillit avec une faveur marquée, on ne comprend pas facilement, quand on pense que la marine prussienne se réduit à une seule frégate, que la cour de Berlin ait voulu entrer en rapports avec l’empereur, ni que celui-ci en ait éprouvé une joie si vive. Quoi qu’il en soit, en 1817, précisément, s’allumèrent au Maroc les guerres civiles qui ont abouti à l’avènement du sultan actuel, la Prusse fut contrainte de suspendre ses négociations, que depuis lors elle n’a pas songé à reprendre.

Tels sont les rapports officiels qui, dès le moyen-âge, ont subsisté entre la chrétienté et ce pays du Maroc, où l’islam a contracté ses plus sauvages allures. Pour tous les peuples, on le voit, la situation est intolérable, il faut toujours mettre à part l’Angleterre, la seule nation qui ait des traités sérieux, la seule qui soit en état d’obtenir de meilleures conditions. Comme les autres nations, du reste, l’Angleterre se soumettait, avant notre dernière expédition,