Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 8.djvu/31

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pays des Shilogs, une église chrétienne, dont les murs sont couverts d’inscriptions latines, et que les hordes musulmanes n’ont pas osé détruire, par crainte des esprits dont elle est hantée. D’autres leur ont donné pour aïeux les Arabes purs, qui, en Espagne, ont dominé sur cent tribus rivales. Ce ne sont là que des conjectures arbitraires ; elles ne tiennent point devant le témoignage des Shilogs eux-mêmes, qui, pour frères de race, reconnaissent les Berbères, et prennent comme ceux-ci la dénomination générale d’Amazirgas. Leur constitution, pourtant, diffère beaucoup de celle des montagnards du Riff Les Shilogs sont d’une très haute taille, leur visage est brun et comme tanné par les rayons du soleil ; rien de plus expressif que leur regard, qui, sans rien perdre de sa fixité, s’enflamme et scintille ; c’est en vain que sur leurs faces basanés, et d’un aspect qui tour à tour effraie ou repousse, on chercherait un vivant souvenir des fières et mélancoliques physionomies de ces populations sarrasines qui ont laissé en Espagne les traces d’une si grande et si brillante civilisation Les Shilogs parlent aujourd’hui un jargon à demi sauvage, qui n’a de lointains rapports avec la vraie langue arabe que par une insupportable exagération de consonnes gutturales ; leur costume ne diffère point de celui des autres montagnards, si ce n’est cependant qu’il porte la barbe plus longue, plus hérissée, plus épaisse. Au reste, on verra plus loin à quelle simplicité primitive se réduit le costume des hommes et celui des femmes elles-mêmes dans les montagnes du Maroc. Presque toujours en guerre avec l’empereur ou avec leurs voisins, les Shilogs ne vivent que de pillage ; ils se battent à pied, à cheval, isolés ou par bandes, de toutes les façons particulières au Parthe, au Numide et au Scythe ; ils ont pour armes le poignard et l’escopette, qu’ils portent en bandoulière sur leurs épaules, à l’aide d’une corde de feuilles de palmier. Si rudes que doivent être les rencontres et les mêlées, ils ne se présentent à l’ennemi que le corps presque entièrement nu. Dans toutes leurs expéditions, dans tous les périls, ils se font accompagner de leurs femmes, armées comme eux comme eux ne gardant du costume national que les sandales de cuir et le pagne, comme eux se battant à pied ou en croupe derrière leurs maris ou leurs amans, et plus qu’eux peut-être s’acharnant au carnage et aux déprédations. Les femmes des Shilogs n’ont de faveurs et de préférences que pour la bravoure implacable et féroce ; en temps de guerre, chacune d’elles se munit d’une sorte de vase rempli d’ocre rouge, qui lui sert à imprimer les marques de l’infamie sur les poltrons et les fuyards. Par sa stoïque sobriété ; le Shilog contraste avec le Maure des plaines et surtout avec le Maure des villes, dont le principal défaut est précisément une gloutonnerie effrénée. Le Shilog ne mange point de poisson ni de viande ; il ne se nourrit que de mauvais légumes, d’herbes amères, de fruits et de de fromage, et, dans les grands jours, d’un indigeste pain de maïs. Aussi profondément dépravés que le peuvent être des sauvages, les Shilogs n’ont au demeurant qu’un seul des vices de la civilisation, nous voulons dire une avarice excessive, et qui en saurait remontrer aux Juifs thésauriseurs