Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 8.djvu/475

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Wied-Neuwied, durant son séjour dans les principales villes des états de l’Union, n’a pu trouver une seule gravure quelque peu caractéristique qui retraçât d’une manière satisfaisante l’image des principaux chefs de ces peuplades. Les ouvrages d’Edward James, de Say, de Schoolcraft, de Mackenney et de Washington Irving nous donnent, sans nul doute, des détails assez circonstanciés, souvent intéressans, sur les tribus aborigènes de l’ouest, mais aucun atlas ne les accompagne. Le major Long lui-même, dans ses hasardeuses excursions, a négligé de s’adjoindre un dessinateur habile. L’ouvrage dont nous nous occupons aujourd’hui a donc comblé cette lacune ; les nombreux dessins que M. Bodmer a exécutés, d’après nature, dans son long séjour parmi les peuplades du centre de l’Amérique septentrionale, en s’attachant à reproduire les traits caractéristiques de chacune des races et de chacun des individus, hommes, femmes, chasseurs ou grands chefs, qui ont posé devant lui, ces dessins forment la collection la plus complète qui ait été publiée. Ces documens, d’autant plus précieux qu’ils étaient jusqu’alors d’une extrême rareté, seront surtout d’un haut intérêt pour tous, ceux qui s’occupent de l’étude des diverses races humaines.

Les États-Unis, dans le livre du prince de Wied-Neuwied, ne doivent être considérés que comme un point de départ. L’exploration du cours supérieur du Missouri, à partir de Saint-Louis jusqu’au pied des Montagnes Rocheuses, c’est-à-dire la seule route ouverte à la civilisation vers l’ouest et le territoire de l’Orégon ; a été l’objet principal de son voyage. Nous allons le suivre dans cette excursion si intéressante ; mais jetons préalablement un rapide coup d’œil sur les districts civilisés qu’il traverse, et où la nature règne encore par endroits dans toute sa puissante majesté.

Ce fut le 4 juillet 1833, anniversaire du jour où les états américains avaient proclamé leur indépendance, que le prince Maximilien mit pied à terre à Boston. Toute la ville était en mouvement. La foule bigarrée qui remplissait les rues présentait un tableau des plus intéressans. L’auteur remarqua que, dans ces grandes villes de l’Amérique septentrionale, le caractère originaire de la physionomie anglaise a déjà disparu sous l’influence d’un climat nouveau. Les hommes ont le corps plus élancé, la stature plus élevée. Les traits du visage et l’expression de ce caractère tranché qui n’appartient qu’aux races simples et primitives. La singularité, pour ne pas dire la rudesse, de certains usages frappa vivement notre voyageur. Il décrit d’une manière assez plaisante les dîners de table d’hôte où chacun, au coup de cloche se précipite confusément dans la salle