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Page:Revue des Deux Mondes - 1846 - tome 15.djvu/768

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BRIOLAN.

PREMIÈRE PARTIE.

I.

Il y a cent années et plus, un homme qui n’avait lu ni René ni Werther se promenait, par une journée de printemps, sous les ombrages du Palais-Royal, aussi souffrant, quoiqu’il fût parfaitement poudré et vêtu d’un habit vert tendre, que le héros le plus sombre, le plus fatal et le plus négligé de l’école moderne. Il est vrai, par exemple, que ses souffrances n’étaient point très vagues. « Oh ! pensait-il, si j’avais pu tirer de ma poche un rang de perles pour ce cou charmant, une bague d’émeraude ou de rubis pour ces doigts gracieux et superbes ! si je possédais ce qui appartient aujourd’hui à tant de butors et de manans, la fortune !… » En un mot, l’homme à l’habit vert tendre regrettait avec une rage profonde, une amère mélancolie, de ne pas avoir cinquante ou cent mille écus de rente. Je suis sûr qu’on s’intéresse à lui dès à présent, car il ne souffre pas d’un mal inconnu. Il n’a ni regrets ni désirs étranges. Ses peines sont bien de ce monde. On les comprend sans fatigue aucune pour l’esprit.

Maintenant on l’aimera bien davantage, quand on saura qu’il était beau, noble, courageux, ayant de la bonté et de la loyauté certainement, peut-être même de l’esprit, de l’esprit par exemple qui n’était point du jour, mais bien des temps antiques, comme sa maison. Le