Page:Revue des Deux Mondes - 1846 - tome 16.djvu/42

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



LE NÉOPHYTE, bas.

Je vous reconduirai, monsieur le Comte ; sur l’honneur ! je ne pense pas à vous trahir.

LE COMTE.

Un geste, un clin d’œil, et je te brûle la cervelle comme à un chien. Tu peux comprendre que je me soucie peu de ta vie, puisque je joue la mienne.

LE NÉOPHYTE.

Aïe, Aïe ! vous me serrez le poignet comme avec une tenaille de fer. Que dois-je faire ?

LE COMTE.

Me parler comme à une connaissance, à un ami nouvellement arrivé. Quelle est cette danse ?

LE NÉOPHYTE.

La danse des hommes libres.

(Des hommes et des femmes dansent autour du poteau.)

CHOEUR.
Du pain, du travail, du bois pour l’hiver, du repos pour l’été ! Hourra ! hourra !
Dieu n’a pas eu pitié de nous, hourra ! hourra !
Les rois n’ont pas eu pitié de nous, hourra ! hourra !
Les seigneurs n’ont pas eu pitié de nous, hourra ! hourra !
Nous en avons assez de Dieu, des rois et des seigneurs, hourra ! hourra !
LE COMTE à une fille.

Je me réjouis de te voir si fraîche et si joyeuse.

LA FILLE.

Il y a long-temps que nous attendions ce jour-là. J’ai lavé la vaisselle, essuyé les assiettes, et jamais je n’ai entendu une bonne parole ; il est temps que je mange quand je voudrai, et que je danse quand j’en aurai envie, hourra !

LE COMTE.

Danse, danse, citoyenne.

LE NÉOPHYTE, bas.

Avez pitié de moi, monsieur le Comte, quelqu’un peut nous reconnaître. Sortons.

LE COMTE.

Si je suis reconnu, malheur à toi ! allons plus loin.

LE NÉOPHYTE.

Sous ce chêne est le club des laquais.

LE COMTE.

Approchons-nous.

PREMIER LAQUAIS.

J’ai déjà tué mon ancien maître.

SECOND LAQUAIS.

Moi, je cherche encore mon baron. A ta santé !

UN VALET DE CHAMBRE.

Citoyens, tout en cirant des bottes, la sueur au front, le dos courbé, tout en coupant les cheveux et en faisant la barbe, nous avons pressenti nos droits. A la santé du club ! vive le club !