Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/166

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tombera sous la main, et il aura la satisfaction d’y voir que le jour où il le jugera utile à la politique de son pays il dépend de lui de protester contre les droits à la couronne d’Espagne de la reine Isabelle actuellement régnante et contre le droit à la couronne de France de M. le comte de Paris. En effet, la reine Isabelle est fille de Ferdinand VII, fils de Charles IV, qui, en 1765, épousa l’infante Louise-Marie-Thérèse, issue du mariage de don Philippe, duc de Parme, fils de Philippe V, et de Louise-Élisabeth, fille de Louis XV, et le comte de Paris n’est-il pas petit-fils de la reine Amélie de France, actuellement régnante, laquelle est aussi descendante de Philippe V ? Voilà pourtant ce qui arrive des thèses de cette espèce ; il faut les pousser jusqu’à l’absurde ou les abandonner. Je crois que lord Palmerston fera bien de s’arrêter à ce dernier parti. Aussi bien c’est celui que viennent de prendre les journaux de son pays, qui les premiers les avaient développées.

Mais ce n’est plus du traité d’Utrecht qu’il s’agit. Le traité d’Utrecht et tous les traités du monde nous seraient-ils favorables, cela ne servirait de rien au cabinet français ; ce qui importe, c’est de savoir s’il a toujours eu de son côté les bons procédés. L’opposition française, comme chacun sait, a toujours attaché la plus haute importance aux bons procédés vis-à-vis de l’Angleterre.

Cette question des bons procédés est en réalité celle qui domine tout le débat. Il serait indigne de ceux qui ont toujours professé et professent encore la plus constante sympathie pour le bon accord avec l’Angleterre de ne pas traiter un pareil sujet avec la plus scrupuleuse attention et la plus sincère impartialité.

Le bon accord avec une puissance étrangère n’oblige pas de suivre partout et toujours une marche exactement conforme et préalablement concertée. On peut être alliés fidèles, se rendre de bons et mutuels services pour ce qui regarde l’ensemble de la politique, et, sur certaines questions, rester séparés, ou même poursuivre des buts différens. Il y a bien des points sur le globe où il serait fâcheux pour nous de confondre notre cause avec la cause anglaise. Ce serait agir contre la nature même des choses, et les faits seraient, comme il arrive souvent, plus forts que les intentions. En Espagne, sous certains rapports, les intérêts français et anglais sont trop opposés pour que l’association soit possible. Nous parviendrions difficilement à nous entendre avec l’Angleterre pour conseiller à l’Espagne de suivre, en matière commerciale, une certaine direction. Ce serait folie de le tenter. Il n’est pas probable, à cause des faits accomplis et de certains engagemens de partis préexistans, que nous puissions, d’ici à long-temps, nous mettre d’accord pour conseiller au cabinet espagnol tel ou tel système de politique intérieure. Il est à croire que la bonne volonté des ministres français et anglais y échouerait ; celle de leurs agens se lasserait plus vite encore.