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instructions, crut devoir l’engager à tenter quelque coup de main sur les îles anglaises, sur la Trinité entre autres, qu’il eût été bien aise de pouvoir restituer à l’Espagne ; mais le temps avait marché, l’amirauté britannique n’était point sans doute restée inactive, et Villeneuve trouva dangereux de souventer ainsi son escadre. Au lieu de se porter sur la Trinité, il préféra agir contre la Barbade, d’où il serait toujours à portée de reprendre la rade du Fort-Royal.

Le 4 juin, il appareillait de la Martinique, et, le même jour, presque à la même heure, la flotte de Nelson mouillait à la Barbade dans la baie de Carlisle. Cette flotte avait franchi en vingt-trois jours la vaste étendue de mer que l’armée combinée avait mis trente-six jours à parcourir. Arrivé à la Barbade, Nelson ne trouva que 2 vaisseaux de 74 avec le contre-amiral Cochrane. L’amiral Dacres avait retenu les quatre autres à la Jamaïque. Son escadre se trouvait donc portée à 12 vaisseaux de ligne, au moment où les 2 vaisseaux du contre-amiral Magon portaient celle de Villeneuve à 20 vaisseaux et 7 frégates. On ignorait encore à la Barbade le chiffre précis des forces que nous avions réunies aux Antilles ; Nelson d’ailleurs était venu de trop loin pour s’en inquiéter. Heureux de se sentir si près de l’ennemi, il ne demandait qu’une chose : le chemin qu’il fallait prendre pour le rencontrer. On lui indiqua Tabago et la Trinité. Bien qu’il fût d’un avis contraire, il crut devoir céder à l’opinion générale, et, embarquant pendant la nuit 2,000 hommes de troupes sur son escadre, il se dirigea, le 5 juin, vers la Trinité. Les deux flottes suivaient ainsi des routes opposées, et les vents alizés entraînaient rapidement l’escadre anglaise dans le sud, pendant que l’armée combinée, après avoir pris de nouvelles troupes à la Guadeloupe, faisait route pour débouquer entre Antigoa et Montserrat, et se trouvait déjà à trente lieues dans le nord de la Martinique.

Le 7 juin, au point du jour, l’escadre anglaise, en branle-bas de combat, doublait l’île de la Trinité et entrait dans le vaste golfe de Paria, que forme le continent américain à l’embouchure d’un des bras de l’Orénoque. A la vue de cette rade déserte, Nelson voulut revenir sur ses pas, mais le calme l’obligea de jeter l’ancre jusqu’au lendemain. Le 8 juin, au moment où il sortait du golfe, il apprit la capitulation du Diamant. L’officier qui commandait ce poste fortifié lui écrivait que le 2 juin l’armée combinée était encore à la Martinique, et qu’elle venait d’être ralliée, s’il fallait en croire les officiers français, par 14 vaisseaux arrivés du Ferrol. Nelson trouva cette dernière nouvelle fort invraisemblable. « En tout cas, écrivit-il au gouverneur de la Barbade, quelle que soit la force de l’armée combinée, elle ne vous fera pas grand mal impunément. Mon escadre est compacte et manoeuvrante, celle de l’ennemi ne peut l’être. » Puisant sa confiance dans l’incontestable supériorité de ses vaisseaux, Nelson ne songea en cet instant critique qu’à