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Nelson, effrayé d’une victoire qui, si chèrement achetée, ne lui livrait pas encore l’issue de la Passe Royale, cherchait un moyen d’entrer en pourparler avec l’ennemi. Il crut en trouver l’occasion dans la résistance, illégale selon lui, qui l’empêchait de se saisir des bâtimens danois dont il avait fait amener le pavillon, et il envoya un parlementaire au prince royal pour protester contre ces procédés irréguliers. Un jeune capitaine anglais qui avait servi pendant plusieurs années dans la marine russe, sir Frederick Thesiger, remplissait auprès de Nelson les fonctions d’aide-de-camp. Ce fut lui qui porta au prince royal les réclamations de l’amiral anglais. Pendant que sir Frederick Thesiger s’acquittait de cette mission, la canonnade s’était complétement éteinte en arrière de l’Éléphant, mais le Ganges, le Monarch et le Defiance souffraient encore beaucoup du feu de l’ennemi. À deux heures et demie, le commodore Fischer se vit cependant obligé d’abandonner le Holstein, sur lequel il s’était transporté après l’incendie du Dannebrog. Ce vaisseau et l’Indfodstratten étaient réduits. Deux batteries flottantes, mouillées près de ces bâtimens, ne se trouvant plus soutenues, amenèrent leur pavillon, et la corvette l’Elven, démâtée de tous mâts, les canonnières le Nyborg et l’Aggershuus, coulant bas d’eau, se jetèrent à la côte ou cherchèrent un abri sous les fortifications de Copenhague. Après quatre heures d’un combat acharné, les Danois avaient laissé 6 vaisseaux de ligne, 7 navires d’un échantillon inférieur, et 1,800 hommes sur le champ de bataille. La journée était donc entièrement perdue pour eux, et le front de leur ville complétement découvert, quand sir Frederick Thesiger parvint auprès du prince royal. Les Danois n’étaient point toutefois à la merci de leurs adversaires. À l’entrée du port intérieur, et sous les ordres du commodore Stein Bille, deux pontons portant 134 canons, le Mars et l’Elephanten ; 2 vaisseaux de 74, le Danemark et le Trekroner ; 1 frégate, l’Iris, 2 bricks et 14 chebecks armés chacun de 2 pièces de 24, défendaient, avec la batterie des Trois-Couronnes, l’arsenal et l’escadre, principal objet de la convoitise des Anglais et de la sollicitude du Danemark. On s’était préparé à enlever la batterie d’assaut, mais cette opération avait été reconnue impraticable, et les capitaines Foley et Freemantle, dans lesquels Nelson avait toute confiance, insistaient pour qu’au lieu de porter de nouvelles forces sur ce point, on se hâtât de sortir de la Passe Royale.

L’escadre anglaise avait trop souffert déjà pour n’être pas disposée à écouter les conseils de la prudence. Elle comptait 1,200 hommes hors de combat, 300 de plus qu’à Aboukir. L’Edgar et l’Isis, qui avaient combattu l’héroïque Provestein ; le Monarch, opposé au Holstein, avaient, à eux seuls, 120 morts et 363 blessés. Jamais les Anglais n’avaient livré de bataille aussi meurtrière. Leurs mâts, leurs voiles, leur gréement, étaient hachés et criblés de boulets. La crainte de s’échouer les avait