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restait donc encore au-dessus du cours habituel ; en octobre seulement, il fut à 19 fr.

Pour la crise suivante, nous avons des renseignemens plus étendus. En 1816, la récolte est très mauvaise, comparable à celle de 1846. On savait, avant qu’elle eût été ramassée, combien elle serait insuffisante ; toutes les apparences avaient été contraires, et l’administration d’alors ne publia pas de circulaire optimiste. Dès l’automne de 1816, les prix furent élevés ; mais le premier semestre de 1817 fut, comme celui de 1847, le moment le plus rude. Voici les prix de 1817, mois par mois :

Cote moyenne du blé, mois par mois, en 1817


Janvier 34 fr. 96 cent. Juillet 36 fr. 19 cent.
Février 36 fr. 46 cent. Août 32 fr. 32 cent.
Mars 37 fr. 29 cent. Septembre 31 fr. 03 cent.
Avril 39 fr. 60 cent. Octobre 31 fr. 67 cent.
Mai 44 fr. 94 cent. Novembre 31 fr. 62 cent.
Juin 45 fr. 46 cent. Décembre 32 fr. 38 cent.

Passons à l’année 1818, qui fut dans le cours de la crise d’alors placée comme le sera 1848 dans celle-ci. On la voit s’ouvrir aussi par des prix élevés qui ne s’abaissent que lentement. En voici la série :

Cote moyenne du blé, mois par mois, en 1818


Janvier 30 fr. 37 cent. Juillet 24 fr. 78 cent
Février 28 fr. 02 cent. Août 24 fr. 87 cent.
Mars 26 fr. 28 cent. Septembre 23 fr. 80 cent.
Avril 25 fr. 21 cent. Octobre 22 fr. 98 cent.
Mai 22 fr. 68 cent. Novembre 21 fr. 90 cent.
Juin 23 fr. 57 cent. Décembre 21 fr. 39 cent.

Ainsi, à la fin même de l’année, le blé est au-dessus de la moyenne, quoiqu’on fût séparé alors de la récolte désastreuse de 1816 par deux moissons, et l’année 1819 seule rentre dans les prix moyens. Voilà comment se comportèrent les grains alors, selon la statistique publiée par les soins du ministre du commerce. Voilà comment l’influence d’une mauvaise récolte se fait cruellement sentir long-temps après. On se l’explique facilement. Une récolte qui est insuffisante à ce point oblige le pays à épuiser tous les grains qui restaient des années précédentes. On entre dans la saison nouvelle sans la moindre réserve, et il n’en faut pas davantage pour que les prix soient élevés. Les propriétaires, ou, ce qui est la même chose vis-à-vis du public, les commerçans en grains, ayant eu plus de profits de la mauvaise récolte que d’une qui aurait été bonne, sont en fonds et maintiennent les prix.

Tel fut le cours que suivirent les choses après les insuffisantes récoltes