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de ce gigantesque gueulard, la lave agit sur les flancs et les voûtes de la montagne à la façon d’une presse hydraulique, et d’ordinaire sous cet effort d’une incalculable puissance la terre se fend ou s’entr’ouvre. Le torrent enflammé s’échappe par cette issue en même temps que des émanations gazeuses entraînent et lancent dans les airs les débris du sol, qui, retombant autour du nouveau volcan, le revêtent bientôt d’un nouveau cône, éternel monument de son existence passagère. Sur quatre vingts éruptions dont la date est plus ou moins certaine, vingt-deux seulement sont regardées comme appartenant au grand cratère, et le plus souvent alors il n’est sorti de la montagne que des cendres et des pierres. Après avoir exploré Catane et ses environs immédiats, après avoir recueilli des faits sur lesquels nous aurons à revenir plus loin, nous songeâmes à visiter le volcan lui-même. Il signor Abate, notre maître d’hôtel et la providence des voyageurs qui viennent tenter l’ascension, fut chargé des préparatifs. On distribua sur les trois mules qui devaient nous servir de montures des manteaux, des capes de voyage, des provisions de bouche. Ces précautions, qui d’abord, nous semblaient exagérées, sont loin, d’être inutiles. L’ascension du Vésuve est une promenade, celle du Stromboli une course fatigante, celle de l’Etna un voyage court, mais toujours pénible, et qui peut avoir ses dangers. Sur ces pentes élevées, où la glace ne fond jamais entièrement, des tempêtes violentes, des bourrasques de grêle et de neige, assaillent souvent à l’improviste le touriste ou le savant partis sur la foi d’un ciel serein. D’ailleurs, en quittant Catane pour atteindre le sommet de l’Etna, on subit des variations très considérables dans la température et dans la pression atmosphérique. Le thermomètre, qui pendant le jour et dans la plaine a marqué quarante degrés à l’ombre ou environ soixante au soleil, descend souvent au-dessous de zéro pendant la nuit qu’il faut passer au pied du cône. Par suite du poids de l’atmosphère, un homme de taille moyenne supporte au niveau de la mer une pression de 10 330 kilogrammes ; arrivé aux bords du, cratère, cette pression n’est plus que de 7 013 kilogrammes environ. Ainsi, pendant le double trajet, parcouru ordinairement dans l’espace de quarante-huit heures, le voyageur doit supporter deux fois une variation de température d’au moins soixante degrés et une variation de pression de 3 317 kilogrammes.

Nous sortîmes de Catane au point du jour, et, par une route qu’on peut parcourir en voiture, nous traversâmes la région cultivée. Ces premiers versans de l’Etna présentent un coup d’œil à la fois riant et triste. Partout on foule une terre féconde couverte de moissons et de plantations d’oliviers. On traverse des villages où tout annonce l’aisance. On salue des bords de la route des cottages charmans ou de petites