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de terre devenait d’heure en heure plus violent. Les arbres et les quelques cabanes restées debout oscillaient comme autant de morceaux de bois flottans à la surface d’une mer agitée, et les hommes eux-mêmes, ne pouvant conserver l’équilibre sur ce sol mouvant, trébuchaient et tombaient à chaque ondulation. A ce moment, la terre se fendit sur une longueur de quatre lieues du Piano di San-Lio jusqu’au mont Frumento, un des cônes parasites les plus rapprochés du sommet de l’Etna. Cette fente, dirigée du sud-ouest au nord-est, avait de quatre à six pieds de large ; malgré bien des tentatives, on ne put en sonder exactement la profondeur.

Enfin les flammes de l’Etna s’ouvrirent un passage au travers de ce sol battu et rebattu. Une première bouche s’ouvrit à l’ouest du mont Nucilla et lança dans les airs une colonne de sable et de fumée que les habitans de Catane estimèrent s’être élevée à une hauteur de douze cents pieds. Dans l’espace de deux heures, six autres bouches s’ouvrirent, toutes placées à la file l’une de l’autre et dans la même direction que la fente dont nous avons parlé. Une fumée noire et épaisse sortit avec un horrible fracas par ces soupiraux. De nouveaux cratères se formèrent dans le courant de la journée, et, le mardi matin, apparut tout à coup celui qui devait donner naissance aux Monti-Rossi. Il vomit d’abord une épaisse fumée mêlée de scories brûlantes ; puis, au bout de quelques heures, on vit sortir de sa bouche une immense quantité de laves qui, formant un courant de près d’une lieue de large sur une hauteur d’environ dix pieds, se dirigèrent droit vers le midi et allèrent heurter le pied du Monpilieri, antique cratère alors tout couvert d’arbres et de gazon. Le fleuve embrasé pénétra ce sol peu solide, se fraya un passage au travers de la montagne et coula pendant quelque temps dans cet aqueduc improvisé ; mais bientôt le Monpilieri s’écroula en partie, et la lave, refluant autour de lui, l’entoura comme une île de verdure perdue au milieu des flammes. Sept bouches secondaires s’ouvrirent en même temps autour du cratère principal. D’abord isolées, elles lancèrent dans les airs une énorme quantité de pierres embrasées qui se heurtaient en retombant et joignaient le fracas de leur chute aux effroyables canonnades du volcan. Au bout de trois jours, elles se réunirent en un vaste et horrible gouffre d’environ deux mille cinq cents pieds de circonférence qui, du il mars jusqu’au 15 juillet, ne cessa de tonner, de rugir, de lancer des cendres et des scories, de vomir des flots de lave.

Jusqu’à ce moment de l’éruption, le grand cratère était resté aussi complètement inactif que si ses cavernes n’eussent eu aucune communication avec celles du nouveau volcan, quand tout à coup, le 15 mars, vers les dix heures du soir, la montagne entière parut s’ébranler : une gigantesque colonne de fumée noire et de matières ignées s’élança du