Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 19.djvu/384

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difficultés s’atténueront, on verra recommencer les réclamations des localités intéressées. L’ouest et le midi ont notamment beaucoup à se plaindre. L’abandon, inévitable pour le moment, du réseau de l’ouest et de la grande ligne de Bordeaux à Cette ne peut pas se réaliser définitivement sans froisser les justes prétentions d’un bon tiers de la France. D’autres lignes encore seront infailliblement demandées et doivent l’être, pour que tous les points du pays participent également de l’effet utile d’une dépense dont tops les points du pays supportent le poids. Partout on paie pour les chemins de fer, partout on doit en sentir les avantages. Ceci est de la justice distributive la plus vulgaire, et on peut être certain que chaque département, chaque arrondissement, et pour ainsi dire chaque canton, ne manqueront pas de faire valoir leurs droits. On s’est beaucoup récrié contre ce qui s’est passé l’année dernière lors du vote des chemins de fer, des concessions réciproques que se sont faites les diverses parties de la France, des coalitions qui ont eu lieu ; c’est là un fait inévitable, et, nous dirons plus, légitime, qui se reproduira en toute occasion, car tous les arrondissemens de la France sont égaux devant le budget.

Dans les dernières discussions du parlement anglais, on a pu reconnaître que le moment des élections était proche au langage belliqueux et hautain tenu par lord Palmerston, notamment au sujet de la motion qu’avait faite lord G. Bentinck dans l’intérêt des créanciers anglais de l’Espagne. Lord Palmerston s’est efforcé de flatter l’orgueil national en exaltant la puissance de l’Angleterre, en la montrant armée des moyens « d’obtenir justice pour ses sujets de tous les pays, sur toute la surface de la terre. » En parlant ainsi, il est clair que lord Palmerston voulait se désigner aux électeurs comme le redresseur à venir de tous les torts, de tous les griefs dont chaque Anglais aurait à se plaindre. Sa harangue était une sorte de proclamation électorale ; cependant il y perce un autre sentiment, une irritation amère et profonde contre le gouvernement espagnol. Fidèle à ses habitudes, lord Palmerston a critiqué l’administration de la Péninsule avec la même vivacité qu’il contrôlait, il y a quelques mois, celle de la Grèce. Il s’est plaint des résistances qu’il a constamment rencontrées dans ses efforts, pour déterminer le gouvernement espagnol à suivre les directions que voulait lui imprimer l’Angleterre. — Il ne saurait être question ici d’agiter des thèses économiques ; ce qu’il faut constater, c’est que l’Angleterre, de l’aveu même de son ministre, a échoué dans sa prétention d’arracher au gouvernement espagnol les mesures qu’elle avait le plus à cœur. C’est peut-être la première fois qu’elle l’avoue avec tant de franchise. Le diplomate qui la représente à Madrid ne néglige rien cependant pour faire croire à l’influence qu’il prétend exercer sur le gouvernement espagnol. La réalité répond-elle aux apparences ? Sans remonter à ce fameux traité de commerce qui depuis tant d’années est comme l’idée fixe de la politique anglaise, qu’a obtenu cette politique ? Dans l’affaire des mariages, a-t-elle fait adopter ses combinaisons ? Dernièrement encore, le ministère Pacheco, à l’avènement duquel M. Bulwer laissait dire autour de lui qu’il avait puissamment concouru, n’a-t-il pas protesté par son attitude contre ce prétendu patronage britannique ? Au fond, la juste susceptibilité du caractère espagnol a toujours résisté aux exigences de l’Angleterre, et nous doutons que le dernier discours de lord Palmerston engage le cabinet de