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et se hérissent de cônes volcaniques, comme on l’a vu dans le Méchoachan lors de la formation du volcan de Jorullo, en 1759 ; là elles s’abîment dans les entrailles du globe, comme à Sorca, où quarante villages disparurent avec le terrain qui les portait. Des montagnes s’écroulent et sont remplacées par des lacs ; d’autres au contraire surgissent de terre, barrent le cours des fleuves ou remplacent une baie par un cap. Les tremblemens de terre font onduler nos champs comme une mer agitée, renversent et engloutissent nos cités et ébranlent parfois en même temps les deux hémisphères. On le voit, tout nous apprend combien ce que nous appelons terre ferme est en réalité peu digne de ce nom, combien est encore mince et fragile cette pellicule qui enveloppe la partie fluide du globe, combien elle serait sans doute promptement détruite, si cinq cent cinquante-neuf volcans distribués à sa surface comme autant de soupapes de sûreté ne présentaient une issue toujours plus ou moins libre à l’action des feux souterrains[1].

L’homme petit et faible, mais plein d’orgue il se prend toujours lui même pour terme de comparaison, pour unité. Il mesure à sa taille le globe et le monde, à ses forces les puissances infinies de la nature. Pour lui l’Etna, cette boursouflure à peine perceptible sur notre planète de neuf mille lieues de tour, est une montagne gigantesque, et il recule devant l’effort qu’il a fallu pour le soulever. Il n’est pourtant pas très difficile de se convaincre que dans ces phénomènes volcaniques l’énergie de la cause est pleinement en harmonie avec la grandeur des effets. Prenons un terme de comparaison : cherchons quel rapport existe entre les forces employées aujourd’hui par la science industrielle et celles qui dorment au fond du cratère de l’Etna. Pour cela, supposons, ce qui n’est certainement pas exagéré, que ce cratère a 500 mètres de diamètre et qu’il s’enfonce sous terre d’une profondeur égale à la hauteur de la montagne.

Les belles machines à vapeur qui font le vide au chemin de fer atmosphérique de Saint-Germain sont de la force de 1100 chevaux : elles fonctionnent sous une pression de 6 atmosphères, et leurs pistons ont un peu plus de 3’mètres carrés de superficie. Dans des calculs approximatifs comme celui-ci, la pression d’une atmosphère sur une surface dont on

  1. Le tableau suivant présente le résumé du nombre et de la distribution géographique des volcans et des solfatares (volcans à demi éteints) dont on a reconnu l’existence :
    Parties du monde Volcans des continens Volcans des îles TOTAL
    Europe 4 18 22
    Asie 55 71 126
    Afrique 13 12 25
    Amérique 114 90 204
    Océanie » 182 182
    TOTAL 186 373 559


    (Nouveau cours élémentaire de Géologie, par J.-J.-N. Huot.)