Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 20.djvu/1145

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en assemblée générale sous la présidence du cardinal Antonelli, un des rares esprits politiques que possède en ce moment la cour de Rome, et que sa capacité et ses lumières ne sauraient manquer d’appeler aux plus hauts emplois de l’état. En même temps que la consulta, la municipalité romaine était installée en grande pompe, le 5 de ce mois, au Capitole, aux cris de : Vive Pie IX ! vive la ligue italienne ! Ce cri de ralliement, que l’Apennin répète aujourd’hui d’échos en échos, est arrivé jusqu’à Naples. Ce que l’insurrection n’avait pu obtenir, la force irrésistible de l’opinion l’emporte : le roi de Naples remplace ses ministres et accède à l’union douanière. Voilà un résultat auquel on était loin de s’attendre, et qui clot heureusement pour l’Italie une année bien remplie de fortunes diverses et de succès inespérés.

Dès l’ouverture du parlement anglais, le spectre accoutumé de l’Irlande, semblable à celui de Banco, a reparu dans Westminster, et c’est par le vote d’un bill de protection que la session est inaugurée. Cette nouvelle mesure sera-t-elle plus efficace que tant d’autres que chaque année accumule ? Mettra-t-elle à l’abri des balles et de la hache les propriétaires sans cesse menacés ? Empêchera-t-elle un seul incendie, un seul assassinat ? Personne, hélas ! n’ose s’en flatter en Angleterre, pas plus les whigs que les tories, pas plus lord John Russell que M. John O’Connell ou M. O’Connor, et les derniers partisans de la vieille panacée du rappel. Cette plaie de l’Irlande gagne et s’étend d’heure en heure, elle semble effacer le sentiment des autres maux, et cependant ce n’est pas seulement au sein de la métropole que sont les plus sérieux embarras du gouvernement anglais. À l’Irlande, au déficit financier, viennent se joindre les désastres de ses colonies. Les affaires du Cap en particulier y excitent depuis quelque temps les plus graves et les plus légitimes inquiétudes. On sait que le cabinet britannique s’est cru forcé, au commencement de cette année, de révoquer le gouverneur du Cap, sir Th. Maitland, et que, pour tout dire enfin, c’est sur ce terrain que les prêcheurs de l’émancipation des noirs ont éprouvé leurs plus rudes échecs et leurs plus amères déceptions. En arrière de la ville du Cap s’étendent les plus fertiles plaines du monde. Tant que les colons hollandais campés avec leurs esclaves au milieu de ces riches districts ont tenu les Cafres en respect, la colonie a joui d’une paix profonde ; mais l’émancipation a fondu en un clin d’œil ces avant-postes militaires et licencié cette petite armée féodale ; puis sont venus les émigrans anglais avec leur ardeur envahissante, les missionnaires avec leur philanthropie tracassière. Les premiers ont poussé en avant, enjambé les frontières, dépouillé sans scrupule et provoqué sans nécessité des populations féroces et belliqueuses ; les seconds ont pris le parti des Cafres, leur ont appris la résistance et ont enseigné au gouvernement anglais la faiblesse. Après avoir combattu et triomphé, on a reculé. Le Cap a eu ses traités de la Tafna. Les Cafres, devenus plus insolens, ont, pendant plusieurs années, rassemblé des munitions et fait des amas d’armes que les fabriques de Manchester se sont empressées de leur fournir. Quand ces malheureux noirs se sont montrés en rase campagne, ils ont été battus ; alors ils se sont jetés dans les buissons, et, tombant à l’improviste sur les habitations mal gardées, ils ont semé le deuil et la ruine sur toute la frontière. L’ancien gouverneur, sir Th. Maitland, était un excellent homme, un vieillard pieux et timoré, affilié aux sociétés de saints, dont la puissance s’accroît d’une façon effrayante en Angleterre. il voulait bien qu’on usât de représailles sur