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aux mains d’un seul homme ; mais on ne peut concéder à ceux qui ne conçoivent pas de meilleur système, qu’il convint aussi bien à la France. Où trouver en France un local assez vaste pour y installer toutes les facultés, et comment un seul homme, professeur lui-même, et ayant par conséquent un cours à préparer et à faire, eût-il d’ailleurs sous ses ordres des doyens particuliers, comme à Athènes, pourrait-il veiller à la fois au mouvement de toutes les facultés réunies et faire de plus pour elles ce travail administratif dont est chargé en France le recteur de l’Académie ? Impossible à Paris, tout cela devient possible et naturel à Athènes. Le recteur y peut être à la fois professeur et administrateur, sans que les devoirs de l’un nuisent à ceux de l’autre ; il le peut d’autant plus facilement, qu’il n’a à s’occuper que de la seule université, le ministre dirigeant lui-même sans intermédiaire l’instruction primaire et l’instruction du second degré, et pouvant suffire à cette tâche dans un pays dont l’étendue dépasse à peine celle d’une de nos académies.

L’université d’Athènes a les bons et les mauvais côtés des universités allemandes. Le premier et peut-être l’unique défaut de son organisation se remarque dans la division des facultés. Elles sont au nombre de quatre, dirigées chacune par un doyen, αοσμήτωρ, nommé pour un an par voie d’élection. Ce sont : 10 la faculté de théologie, 2° la faculté de droit, 3° la faculté de médecine, 4° une faculté appelée de philosophie, qui embrasse tous les cours non compris dans les trois précédentes. « Ces cours, dit M. Cousin parlant des universités allemandes, traitent d’une foule d’objets qui ont été sagement distribués chez nous dans deux facultés, celle des sciences et celle des lettres. En effet, dans l’état actuel des connaissances humaines, les sciences et les lettres ont pris des développemens distincts trop considérables pour ne pas exiger deux facultés différentes ; et, s’il est digne des efforts du philosophe d’embrasser les unes et les autres dans ses études, c’est une prétention qu’il ne faut pas consacrer officiellement en donnant le nom de philosophie à la réunion de deux ordres de connaissances qui ont entre elles bien plus de différences que de ressemblances. Cette division a d’ailleurs un grave inconvénient : c’est que le doyen de la faculté de philosophie, qu’il soit ou non chimiste ou physicien, par exemple, dirige pendant un an l’enseignement de la physique et de la chimie.

L’université d’Athènes est administrée par un recteur, que le roi choisit sur une liste de trois membres présentés par le corps des professeurs. Ses fonctions ne durent qu’une année. Quand il les quitte, il doit rendre compte, dans un rapport officiel, des travaux des facultés, de l’emploi des ressources de l’établissement, de l’augmentation, de la diminution du nombre des élèves, en un mot de la vie matérielle et morale de l’université pendant sa prytanie. Ce rapport est lu chaque année en séance publique le jour de la rentrée des facultés. Le discours du recteur est ensuite imprimé et publié. Nous avons sous les yeux les rapports des trois derniers prytanes, et c’est là que nous puisons des détails pleins d’intérêt sur l’état de l’instruction supérieure en Grèce. On a fait sagement de ne conférer que pour une année les fonctions de recteur. Le sentiment de l’égalité, plus vif, plus susceptible chez les Grecs que chez tout autre peuple, est par là respecté. Cette mesure excite le dévouement de chaque recteur, qui n’a devant lui qu’un an pour s’exercer, et enfin il n’est pas un esprit, pas un caractère dont