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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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31 mars 1848.

Une révolution à Vienne, une révolution à Berlin, les Autrichiens chassés du royaume lombard, l’Italie tout entière insurgée contre l’Autriche, une constitution à Rome, des constitutions partout, le Danemark et la Suède agités comme s’ils étaient nos voisins, la Pologne en émoi, demain peut-être en bataille, l’Angleterre frappée d’immobilité, la Russie confinée dans un isolement qu’il est également dangereux pour elle ou de repousser ou de subir, voilà ce que l’Europe a fait en quinze jours, quand elle a su ce qui s’était fait en trois jours à Paris. C’est un grand et merveilleux pays que le nôtre, au milieu même de ses faiblesses, de ses inconséquences et de ses travers. Des années durant, il s’était ennuyé jusqu’à donner à croire qu’il allait mourir par ennui ; il avait accepté le plus docilement du monde cette maladie de langueur qui semblait le miner, et le voilà tout d’un coup qui se lève par un si violent soubresaut, que, son élan dépassant toute prévision, il va tomber bien plus loin qu’il ne s’était promis d’arriver. N’importe ; il cède au branle qui le pousse et s’installe de son mieux sur la planche qu’on lui tend. La situation n’était pas de son choix, il en prend bravement et sincèrement son parti. La situation n’est pas commode, et elle coûte cher ; elle amène avec elle toute sorte de hasards et de périls ; elle soulève toutes les passions, les dangereuses passions du cerveau plus encore peut-être que celles du cœur ; elle appelle par force tous les chercheurs d’expédiens, tous les amateurs d’expériences ; elle arme en guerre toutes les vanités, toutes les crédulités, et cependant, avec tant d’embarras qui la compromettent, avec tant de petitesses qui la diminuent, la situation du pays demeure si éclatante et si solide, qu’elle s’impose d’elle-même à l’Europe étonnée. D’où vient donc cet empire que la jeune république exerce déjà sur le vieux monde, où elle est à peine entrée ? D’où lui vient le charme qui transforme à sa seule apparition