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était dans les étroits défilés de la Syrie montagneuse et aride. Les côtes et les villes du littoral évacuées, les soldats d’Ibrahim, retirés dans l’intérieur des terres sur Damas, sur Alep, ou marchant sur Constantinople par la voie de l’Asie-Mineure, que feraient les puissances belligérantes ? Que rien n’eût été ni prévu ni réglé pour une éventualité si naturelle, ce n’était pas une supposition gratuite de notre cabinet.

L’ambassadeur de France à Londres avait forcé le ministre anglais lui-même à en convenir. Par cet aveu trop singulier pour que nous négligions d’en apporter la preuve, lord Palmerston laissait voir une fois de plus et trop clairement qu’en se jetant dans cette affaire, il n’avait poursuivi qu’un but : nous faire pièce et engager à tout prix l’Europe contre nous.


L’ambassadeur de France au ministre des affaires étrangères.

« Londres, 25 juillet 1840.

« … Mais enfin, milord, lui ai-je dit, si le pacha repousse, comme je le crois, vos propositions, que ferez-vous ? De quoi êtes-vous convenu ? Vous demandez encore à la France son concours moral ; elle a droit de vous demander, à son tour, par quels moyens et dans quelles limites vous comptez agir.

« -Vous avez raison, et je dois vous le dire : l’emploi des forces navales pour intercepter toute communication entre l’Égypte et la Syrie, pour arrêter les flottes du pacha, pour mettre le sultan en état de porter sur tous les points de son empire tous les moyens de rétablir son autorité, ce sera là notre action principale, et c’est le principal objet de notre convention.

« -Et si le pacha passe le Bosphore, si Constantinople est de nouveau menacée ?

« — Cela n’arrivera pas ; Ibrahim aura trop à faire en Syrie.

« -Mais si cela arrive ?

« — Le sultan va s’établir à… (l’ancienne Nicomédie) avec un corps de troupes turques qui, réuni à la présence d’un certain nombre de chaloupes canonnières sur la côte d’Asie, suffira, je pense, pour mettre à l’abri Constantinople.

« — Et si cela ne suffit pas, si les troupes turques sont battues ?

« Il en coûtait à lord Palmerston de me dire expressément que l’entrée d’un corps d’armée russe à Constantinople, combinée avec celle d’une flotte anglaise dans la baie de Marmara, était un point convenu. Cependant il me l’a dit en rappelant que, dans le temps où l’on examinait les moyens d’agir à cinq, la France elle-même n’avait pas regardé ce fait comme absolument inadmissible, et avait discuté le quo modo de l’entrée et de la présence de ses propres vaisseaux dans la mer de Marmara.

« Et il s’est hâté d’ajouter : « Au-delà rien n’est prévu, rien n’est réglé ; on est simplement convenu de se concerter de nouveau, si cela était nécessaire ; mais j’affaire n’ira pas si loin. »