Page:Revue des Deux Mondes - 1849 - tome 4.djvu/413

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les unes des autres, disséminées et comme perdues dans l’isolement. Ici des facultés de sciences où se font des cours de physique et de chimie, d’histoire naturelle, sans qu’il y ait à côté une faculté de médecine qui en profite ; là, des facultés de droit sans faculté des lettres, c’est-à-dire sans histoire, sans littérature et sans philosophie. En vérité, si l’on se proposait de donner à l’esprit une culture exclusive et fausse, si l’on voulait faire des lettrés frivoles, des savans sans lumières générales, des procureurs et des avocats au lieu de jurisconsultes, je ne pourrais indiquer un meilleur moyen, pour arriver à ce beau résultat, que la dissémination et l’isolement des facultés… Hélas ! nous avons une vingtaine de misérables facultés éparpillées sur la surface de la France sans aucun vrai foyer de lumières… Hâtons-nous, ajoutait-il, de substituer à ces pauvres facultés de province, partout languissantes et mourantes, de grands centres scientifiques rares, mais bien placés… quelques universités comme en Allemagne, avec des facultés complètes se prêtant l’une à l’autre un mutuel appui, de mutuelles lumières, un mutuel mouvement. »

C’était bien là, en effet, la vraie chose à faire. Unir ensemble, par le lien d’un système commun d’études, nos diverses facultés, faire remonter leur enseignement jusqu’à la source commune d’où dérivent toutes les sciences, l’étendre à toutes les connaissances exigées par l’état nouveau de la société, de manière à ce qu’un esprit philosophique, dans le bon sens du mot, y dominât, c’eût été la manière d’organiser une véritable instruction supérieure. C’est ainsi qu’on aurait pu régler, en le satisfaisant, tout le mouvement d’esprit d’une jeunesse effervescente, et la faire passer avec ardeur, mais sans orage, par une forte transition, des études préparatoires de l’enfance aux devoirs de la vie civique ; mais comment organiser un pareil système d’éducation, lorsque, comme M. Cousin le remarque, il n’existe d’ensemble de facultés qu’à Paris, et que les plus grandes villes de province ne comptent qu’une ou deux facultés isolées ? M. Cousin a mis là le doigt sur le dernier et plus sérieux grief que nous ayons à élever contre notre système d’éducation publique : il est parisien, il est centralisateur par excellence. On dirait qu’il est chargé de commencer dès l’enfance ce régime d’assujettissement d’une nation entière à sa capitale, dont nous portons le joug en murmurant sans trop savoir par où le lien peut en être relâché.

C’est encore ici avec l’Université que nous parlons. C’est elle-même qui nous apprend, dans ses documens officiels, dans les rapports aussi élégans que solides de M. Villemain par exemple, les efforts constans, mais stériles, qu’elle a faits pour ranimer dans les collèges et dans les facultés de département quelque ombre d’animation et quelque sérieux d’étude. Ce sont ses chiffres authentiques qui nous enseignent dans quelle