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ou fanatiques des prédicans de 1630 et de 1680, d’Increase Mather et de ses amis ; là se trouve le premier noyau, le germe vif de l’Amérique. Le curieux récit de l’expédition astorienne par Alexandre Ross et le livre nouveau de Hildreth sur « l’histoire des États-Unis » nous apprennent à travers quels obstacles terribles s’est développé le génie puritain. Enfin, passant par-dessus une foule de voyages anglais qui ne sont que la satire inutile ou la vaine parodie de ces institutions et de leurs défauts, on doit consulter le nouvel ouvrage de M. A. Mackay (the Western World), où l’anatomie statistique du pays, tel qu’il s’est montré dans ces derniers temps, est examinée avec un soin extrême, ainsi que le livre de M. Carey, Américain, livre fatigant par le ton doctrinal, l’apologie excessive, le panégyrique ou plutôt l’apothéose métaphysique de l’Union américaine. À ces ouvrages, qui expliquent les origines réelles et le caractère actuel de ce grand peuple, il faut joindre la lecture de plus de soixante volumes de récits tout nouveaux, récits contradictoires et souvent frivoles : mistriss Houstoun qui a visité l’Ouest, Revere et Wilkes sur la Californie, Lanmann sur les Alleghanies, Mac-Lean sur les Montagnes Rocheuses. En contrôlant les uns par les autres les résultats de ces ouvrages, qui diffèrent par la tendance, le but et les détails, on sait quel avenir est réservé à l’Amérique et par quels ressorts son élévation s’est produite : non par le jeu politique des institutions, comme on l’imagine, mais par la sympathie, la raison, l’énergie ; non par la colère contre le passé, mais par le développement de la tradition ; non par l’abolition de l’esprit chrétien, mais par le christianisme ; non par des lois, mais par des mœurs ; non par des théories, mais par des faits ; non par des révolutions, mais par des évolutions. Aucun groupe en Amérique n’est révolutionnaire ; toute association y est évolutive. Or toute « évolution » est en elle-même organique, toute révolution inorganique ; l’une qui est la vie procède de la vie, l’autre qui porte la mort donne la mort. Les prétendus philosophes ne voient pas que les révolutions sont des crises qui tuent toujours les peuples en détruisant leurs principes, mais que les évolutions sont des progrès qui les sauvent en développant leurs germes.

La ruche d’abeilles qui couvre l’Amérique n’est point sortie de terre à l’improviste, et n’est pas le fruit de combinaisons métaphysiques. Son germe puissant était déjà renfermé dans les premiers établissemens fondés par Walter Raleigh en 1585, et qui eurent peu de durée, parce que l’élément chrétien y était faible. En 1606, on envoya encore cent Anglais calvinistes en Amérique. Dès 1619, la première assemblée coloniale fut convoquée ; elle décida souverainement les questions relatives aux entreprises et aux intérêts de la colonie. Les puritains de 1620 continuent ce travail avec plus d’autorité et d’austérité. S’inquiétant peu des dangers et du labeur, ils plantent leurs premières tentes sur