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l’empereur était sans pouvoir, et le pays étai à la Veille de renier ouvertement cette armée qui périssait pour sauver sa gloire. Tout nous abandonnait ; mais le sentiment du droit, de l’honneur et de la justice, le besoin de dévouement, se maintenaient encore dans les rangs de l’armée ; bien des officiers, et je me fais honneur de me compter parmi eux, disaient tout haut que, si le gouvernement abandonnait l’Italie, ils quitteraient à l’instant le service, ou plutôt, avant d’évacuer Vérone ; ils étaient prêts à chercher le feu de l’ennemi, à périr glorieusement et les armes à la main, pour ne pas noyer leur nom dans la honte commune. Voilà ce qu’ils pensaient, ce qu’on lisait dans le feu de leurs yeux, ce qu’ils n’osaient dire, car l’exaltation a toujours contre soi un peu de ridicule ; mais Radetzky allait seul relever le drapeau impérial, et des rangs de cette armée abaissée son ame énergique allait faire sortir des héros.

Le maréchal entra à Vérone le 2 avril, et laissa une partie de ses troupes pour garder les passages du Mincio ; il calculait, d’après les principes de la stratégie, que, les deux extrémités de cette ligne - Mantoue et Peschiera - étant à nous, les Piémontais n’oseraient tenter de passer le Mincio et exposer ainsi leurs flancs. Cependant ce dernier cas était prévu, et, l’armée du maréchal étant alors trop faible pour défendre cette ligne et arrêter l’ennemi, ces troupes avaient l’ordre, si les Piémontais se présentaient avec des forces considérables pour forcer le passage, de faire sauter les ponts et de se replier sur Vérone. Les Piémontais ayant donc déployé toutes leurs forces sur la rive droite et attaqué avec trois brigades et vingt-huit pièces de canon Goïto, gardé par la seule brigade du général Wohlgemuth, la supériorité de leur feu obligea les nôtres de s’éloigner (ce sont les paroles de la relation italienne du général Bava, chef de l’état-major de l’armée piémontaise) après un combat court, mais très sanglant ; car, bravant les ordres de leurs chefs, nos soldats et surtout ceux du régiment des chasseurs de l’empereur, qui perdirent à ce combat un petit-fils d’André Hofer, ne.voulaient pas se retirer. Les Piémontais, ayant rétabli les ponts, passèrent le Mincio le 8 à Goïto, le 9 à Monzambano, le 10 à Valeggio, occupèrent ces bourgades avec leurs troupes d’avant-garde, et toutes nos forces furent alors réunies et concentrées à Vérone.

C’est au pied des dernières pentes des montagnes du Tyrol, vers le milieu d’une courbe formée par l’Adige, qu’a été bâtie la ville de Vérone. Le terrain plat et uni sur la rive droite de l’Adige s’élève tout à coup et à peu près également à un quart de lieue de la ville, formant ainsi un rapide talus sur toute la longueur d’un demi-cercle d’une lieue et demie d’étendue. Les extrémités du demi-cercle vont joindre, au-dessus et au-dessous de Vérone, celles de la courbe formée Par l’Adige. C’est au-dessus de ce talus que se trouvent, à des distances