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ce combat inégal avec un courage admirable, espérant l’effet de l’attaque des troupes sorties de Vérone pour prendre l’ennemi par derrière. Les Piémontais ayant débordé sa droite, malgré la résistance héroïque de six compagnies de chasseurs commandées parle colonel Zobel, il fut forcé d’envoyer aux troupes qui gardaient la gauche de sa position, en s’appuyant à l’Adige, l’ordre de la retraite ; le mouvement rétrograde commença, mais sur une seule route qui menait au pont par une pente rapide et sur un terrain coupé de fossés pleins d’eau et de vignes en festons, qui ne permettait pas de s’échelonner.

Wohlgemuth se retirait tranquille et fier, suivi du major Knesevich, commandant un bataillon de Croates, qui, enflammé de l’ardeur de son chef, avait attendu, pour se retirer, que le général vînt lui en donner l’ordre en personne. Tout à coup un jeune officier piémontais, suivi d’une vingtaine de cavaliers, s’élança courageusement sur le bataillon et voulut saisir le drapeau ; il tomba criblé de balles, et, nos gens avant pris les lettres qu’il avait sur lui, nous apprîmes que c’était le marquis de Bevilacqua, d’une des plus nobles familles de l’Italie ; une de ces lettres était d’un ami qui lui disait qu’il ne pouvait supporter la douleur de son absence et qu’il viendrait à Peschiera le 30 avril ; . Dans l’espoir de le presser sur son cœur. Les sentimens chevaleresques qui animaient notre armée nous firent admirer le courage du marquis de Bevilacqua et regretter sa perte Nous étions fiers d’avoir de tels ennemis à combattre.

Nous perdîmes beaucoup de monde à cette affaire ; malgré le courage du major comte Festetics, trois cents hommes d’un bataillon du régiment de Piret ne purent regagner le pont et furent faits prisonniers. Pendant que Wohlgemuth soutenait cette lutte glorieuse, la brigade Rath sortait de Vérone pour faire une démonstration contre les positions des Piémontais entre Sonna et Palazuollo ; mais ces positions étaient garnies de troupes, et dans l’après-midi la brigade Taxis, plus tard la brigade Liechtenstein, ayant été envoyées pour soutenir la brigade Rath, ces troupes s’avancèrent jusque vers l’Ostéria del Bosco, malheureusement, elles ne purent échanger de là que quelques coups de canon avec l’ennemi.

Les Piémontais, encouragés par les succès qu’ils venaient d’obtenir, excités par les Lombards, qui, tranquilles spectateurs de la guerre, spéculaient sur leur courage, crurent, comme on le leur assurait, que les troupes italiennes que le maréchal avait encore avec lui à Vérone n’attendaient qu’une occasion favorable pour passer du côté de l’insurrection. Ils se flattèrent aussi que les Hongrois, ayant connaissance du mouvement libéral qui agitait leur patrie, sympathiseraient avec eux, et refuseraient de se battre pour une cause contraire à leur opinion. Ainsi bercés de folles illusions, ils résolurent de faire une grande