Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/50

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au ministère. Passionné pour l’indépendance de son pays, il reconnut promptement en 1848 le danger de la situation, et il y fit face avec une vigueur et une persévérance qui lui font le plus grand honneur. En même temps qu’il accueillait à coups de fusil les hordes de M. Ledru-Rollin, il présentait aux chambres une loi qui abaissait encore le cens électoral, déjà très peu élevé en Belgique ; il ne craignait pas de puiser dans le trésor national pour venir au secours des Flandres, et par des mesures financières hardies que je ne veux pas juger, il s’efforce de procurer au peuple la vie à bon marché ; en un mot, avec la monarchie constitutionnelle, il fait la vraie, la bonne république, pour éviter la mauvaise. Nous, à force d’avoir peur de la république, nous l’avons amenée !

Oui, nous l’avons amenée ; car, si nous eussions su maintenir et développer une monarchie libérale quel est le vrai, l’honnête républicain qui eût osé se jeter dans les hasards d’une révolution pour mettre un président électif à la place de ce président héréditaire qu’on appelle un roi constitutionnel ? Tout républicain accordera, je l’espère, que la république est faite pour la nation et non pas la nation pour la république. Dans ce cas, quand une forme de gouvernement assure le plus grand bien de la nation, sa dignité à la fois et son bonheur, de quel droit et au nom de quel principe peut-on proposer de la changer ? Est-ce que dans la vraie monarchie parlementaire les ministres, tant qu’ils sont en fonction, n’ont pas, avec la responsabilité absolue et exclusive, toute la liberté qui y correspond, à savoir la libre disposition du gouvernement ? Est-ce que les ministres peuvent être pris autre part que parmi les chefs du parlement ? Est-ce que le parlement ne représente pas la majorité des électeurs ? Est-ce que ces électeurs, bien entendu pourvu qu’ils soient nombreux et qu’ils s’étendent à travers toutes les classes, ne représentent pas la nation, dont ils sont la partie la plus éclairée, la plus avancée, la plus capable de s’occuper des affaires publiques ? . Est-ce qu’ainsi, je le répète, ce n’est pas la nation qui se gouverne elle-même, grace à une organisation simple et savante, où domine la souveraineté nationale et en même temps sont désarmées toutes les ambitions, contraintes à ne pas même songer au pouvoir suprême, et à trouver ailleurs, c’est-à-dire dans l’exercice du gouvernement, une satisfaction légitime, la puissance, l’éclat, la gloire, tant que l’assentiment national les porte et les soutient, ou tout simplement une retraite dans les rangs de l’opposition, en attendant qu’elles regagnent l’assentiment général et la majorité parlementaire ? C’est là, comme on le disait en 1830, la meilleure des républiques. Remarquez à quel point celle-là est favorable à la vraie démocratie. Comme un roi héréditaire garantit la stabilité et maintient partout l’équilibre, sous ses auspices les partis déploient impunément toute leur activité, et la démocratie,