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et permanente à Biskara. Il aurait suffi alors d’une colonne de trois cents hommes pour tomber à l’improviste sur Zaatcha, enlever Bou-Zian ou le forcer à prendre la fuite. Si on le prenait, tout était fini ; s’il se sauvait, il perdait son prestige, alors qu’il en avait le plus besoin pour entraîner les esprits. Biskara d’ailleurs couvre, Batna, comme Batna couvre Constantine. La paix de la subdivision de Batna dépend de la paix dans le cercle de Biskara.

La tentative d’enlèvement de Bou-Zian ayant manqué, toutes les oasis du groupe dont Zaatchat fait partie, le zab Daharaoui, se mirent en insurrection complète. Le colonel Carbucciaa commandait alors la subdivision de Batna Il était occupé, comme tous les chefs de colonne de la province d’Alger et de Constantine, à réprimer les révoltes partielles des Arabes. Le colonel Canrobert opérait chez les Beni-Yala et chez les Beni-Menikeuch sur les versans sud du Jurjura Le général Blangini venait de soumettre les Guetchoula, après le sanglant combat de Bordj-Bohgni. Les Ouled-Feradj, grande fraction des Ouled-Nails, qui habitent la frontière du Sahara, entre les deux provinces, tenaient contre une colonne partie de Médéah. Enfin le général Herbillon était chez les Zouaghas. C’est dans le Hodna, au pays des Ouled-Sanhoun, qui étaient aussi en pleine révolte, que le colonel Carbuccia se trouvait, lorsqu’il apprit les événemens des Ziban. Laissant derrière lui l’exemple d’un châtiment énergique, il prit la route de Biskara, pour se rendre devant l’oasis de Zaatcha, où il arriva vers la fin de juillet. Le colonel Carbuccia, qui s’est élevé en peu de temps aux premiers grades de l’armée, est de ces officiers hardis, entreprenans, prompts aux coups de main, de ces hommes que le succès accompagne dans les entreprises hasardeuses ; mais à la guerre il y a de ces résistances imprévues qui justifient l’insuccès de l’audace. Là où, plus tard, une armée de cinq à six mille hommes pourvue d’artillerie n’a pu vaincre qu’au bout de six semaines de siége, le colonel Carbuccia ne pouvait réussir en une journée, avec le peu de forces dont il disposait. L’échec fut grave, et l’effet moral en fut grand. Bou-Zian adressa des lettres aux gens de l’Aurès et des Ziban pour exalter la résistance et appeler aux armes. Une insurrection générale, qui gagna tout le sud de la province de Constantine, répondit au cri de victoire parti de Zaatcha.

Sidi Abd-el-Afidt, qui attendait depuis long-temps le moment de nous attaquer, fut un des premiers à prendre l’offensive. Après avoir réuni près de quatre mille hommes de l’Aurès et du Zab-Cherki (zab de l’est), il descendit jusqu’au village de Seriana. M. le commandant de Saint-Germain ne craignit pas de marcher à sa rencontre avec deux cents chevaux et trois cents hommes d’infanterie. Il y eut un choc terrible : deux cent cinquante indigènes furent tués, l’étendard de Sidi-Abd-el-Afidt fut pris ; mais le brave commandant de Saint-Germain