Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 12.djvu/301

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


meublés, qui n’ont aucun des inconvéniens des maisons garnies. Le service est compris dans le prix de location, qui, pour un homme seul, ne dépasse guère deux guinées par semaine, et rien ne peut donner une idée de la propreté exquise de ces élégans petits appartemens. Ajoutez que les maisons, partout ailleurs qu’à Londres, ne sont pas très grandes; il en résulte que vous êtes seul locataire au logis, où tous ne rencontrez jamais personne, pas même les propriétaires, si vous le voulez, et vous auriez tort de ne pas vous mettre en rapport avec eux, car vous les trouverez en général pleins d’attentions pour vous.

L’île de Wight a environ soixante-quinze milles anglais de périmètre; sur la carte, elle ressemble à un losange dont l’un des angles formerait l’extrémité nord, et l’angle opposé l’extrémité sud de l’île. Cowes, à l’embouchure de la Medina, est située au plus septentrional de ces deux points, et Ventnor, la Nice de l’Angleterre, à l’autre bout de la diagonale sur le méridien de Cowes. Un canal naturel et semi-circulaire enserre la partie nord et ouest de l’île : c’est un havre immense où les navires du plus fort tonnage peuvent trouver en tout temps un abri, et dont la largeur varie de deux à six milles. Il est fréquenté par les bâtimens de toutes les nations, qui, se dirigeant vers le nord, trouvent des vents contraires dans la Manche, car de Portsmouth à la Tamise il n’y a pas un bon mouillage sur les côtes du Sussex et du Kent.

Pour donner une idée des intérêts qui sont concentrés dans cet étroit espace, il suffira de rappeler que les eaux du Solent baignent à la fois Portsmouth et Southampton, Portsmouth avec ses docks, ses arsenaux et ses cent vaisseaux de ligne, Southampton avec ses paquebots à vapeur de mille chevaux, qui font le service régulier des Indes, de l’Australie et de la Chine. O’Connell avait décerné à l’Irlande le nom flatteur de gem of the sea; on appelle l’île de Wight le jardin de l’Angleterre, et, pour dire vrai, c’est un titre qu’elle est bien autrement fondée à porter que notre plate et insignifiante Touraine n’a le droit d’usurper celui de jardin de la France. Suivant les anciennes chroniques, cette île, il y a quelques centaines d’années, était si bien boisée, qu’un écureuil pouvait la parcourir dans tous les sens en sautant d’arbre en arbre. C’est à l’abondance des essences de chêne et d’orme dans l’île de Wight qu’on attribue l’établissement des chantiers de Portsmouth dans le voisinage. L’île est renommée aussi pour ses prés salés, et conséquemment pour la viande de mouton, qui y est excellente : son climat est si doux, que les géraniums, les fluxias et les figuiers y croissent en pleine terre et y deviennent superbes. Les murs du presbytère, à Shanklin, sont tapissés par un myrte qui a, dit-on, trois cents ans, et dont le tronc mesure près de soixante centimètres de circonférence.

Plus d’un souvenir historique se rattache à l’île de Wight : Guillaume-le-Conquérant en fit don à William Fitz-Osborne, son parent