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de toutes ses forces, surtout de la paix intérieure, pour pouvoir défendre sa possession contre l’ambition de ses redoutables voisins d’au-delà de l’Atlantique.

En Angleterre, une crise vient de commencer pour le ministère tory. La cause de cette crise, c’est le budget présenté par M. Disraéli. On connaît les principales dispositions de ce remarquable et très hardi plan de finances. M. Disraéli débarrasse les intérêts maritimes des droits de phare, il réduit de moitié les droits sur la drèche et le houblon, et laisse subsister les taxes qui pèsent sur la propriété foncière, sans les augmenter ni les diminuer. Il essaie de rendre plus équitable l’impôt sur le revenu, propose un abaissement progressif des droits sur le thé, étend la taxe sur les maisons à toute maison dime valeur de 10 livres sterling et double cette dernière taxe. En un mot, le spirituel chancelier de l’Échiquier a construit son budget de manière à résister à l’ardeur protectioniste d’un certain nombre d’alliés et à mettre l’opposition libre-échangiste dans l’impossibilité de lui faire, sans se parjurer, une guerre trop violente. La tactique du chancelier de l’Échiquier a déjà réussi à moitié ; l’opposition s’est divisée sur la question du budget ; chaque fraction de l’assemblée blâme telle mesure et en approuve telle autre. Les uns blâment la taxe sur les maisons et approuvent l’abaissement des droits sur le thé ; les autres blâment le maintien des taxes actuelles pesant sur la propriété foncière et approuvent la réduction des droits sur la drèche et le houblon. Jusqu’à présent, l’opposition n’a montré qu’hésitation et incertitude sur la ligne de conduite à suivre ; ce n’est pas la bonne volonté qui lui manque pour combattre le ministère, mais la difficulté est de s’entendre sur un point commun pour le combattre. M. Disraéli a annoncé que, si la chambre rejetait celle de toutes ses mesures qu’il considérait comme la plus importante, c’est-à-dire la taxe sur les maisons, le ministère se retirerait.

La question se discute depuis quelques jours et n’a pas encore reçu de solution. Nous ne voulons rien préjuger ; mais nous croyons fermement, — en cela nous partageons l’avis de l’organe le plus important de la presse anglaise, — que l’opposition ne parviendra pas à réunir une majorité contre le ministère. Les seuls membres du parlement qui voteront sans hésiter contre M. Disraéli sont les radicaux libres-échangistes et peut-être aussi (singulier résultat des vicissitudes politiques !) quelques protectionistes obstinés. Les radicaux de Manchester jouent de malheur en vérité. En moins d’un mois, ils sont été complètement dupés à deux reprises, la première fois dans la discussion relative au principe du libre-échange, la seconde fois par M. Disraéli lui-même. Les libres-échangistes demandaient la plupart des réformes que M. Disraéli, leur adversaire, accorde libéralement à l’Angleterre. Pour les protectionistes quand même, leur dépit se conçoit facilement : ils avaient espéré d’abord que le ministère de lord Derby, plus impolitique qu’il ne l’a été, serait un cabinet de réaction, qu’il agirait contre toutes les lois du bon sens, de la modération et de la politique, en un mot qu’il consentirait, pour flatter leurs passions et leurs rancunes, à faire sottise sur sottise. Il n’en a rien été : il a fallu abandonner l’espoir de voir refleurir le principe delà protection. Alors ils se sont laissé prendre à la nouvelle amorce que le ministère leur a jetée, à l’espoir d’une compensation pour les intérêts agricoles équi-