Page:Revue des Deux Mondes - 1854 - tome 5.djvu/650

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ont fait connaître à la nation les suprêmes extrémités du malheur comme de la gloire. Nos aigles planant dans toutes les capitales, puis les Cosaques deux fois campés au Louvre, le nouvel empire d’Occident contraint de rendre une portion du territoire de Louis XIV, voilà les résultats matériels qu’il nous faut bien confesser. Les théories populaires de 1789 amenant le gouvernement militaire au dedans, et au dehors une systématique atteinte à toutes les nationalités ; le destructeur du saint empire recherchant l’union d’une princesse qui représente toutes les splendeurs et toutes les traditions de l’ordre social qu’il a brisé, l’auteur du code civil instituant les majorats, l’auteur du concordat reléguant le pape à Fontainebleau et menaçant l’église après l’avoir relevée : puis, après des péripéties sans nombre, l’auguste captif de Sainte-Hélène se présentant à la postérité tantôt comme le propagateur des idées libérales, tantôt comme le restaurateur des troncs, et voyant couronner une carrière sans exemple par une popularité sans égale : voilà les principaux problèmes à démêler dans la trame de cette vie, qui semble avoir épuisé toutes les pensées et traversé toutes les fortunes.

Les grands hommes sont d’ordinaire les instrumens d’une seule œuvre. En étudiant leur vie sous le reflet de l’idée qui l’inspira, toutes les obscurités s’éclairent et tous les événemens s’enchaînent. Charlemagne ne se proposa qu’un but, la constitution de la chrétienté. Qu’il combatte les Sarrasins au midi ou les Saxons au nord, qu’il affermisse le saint-siège en Italie ou qu’il rallume dans les Gaules le flambeau d’une civilisation éteinte, la même inspiration se révèle dans ses actes, la même auréole resplendit à son front. Depuis sa première jeunesse, qu’observait l’œil scrutateur de Sylla, jusqu’au jour où il tomba chargé d’honneurs et de puissance au pied de la statue de Pompée, César n’eut jamais qu’une pensée, s’emparer du pouvoir par la démocratie. À toutes les heures de sa vie, il s’en rapprocha par ses vices comme par ses vertus, et sa gloire ne fut que l’instrument de l’ambition la plus persévérante qui se soit rencontrée parmi les hommes. De tous les pairs de Napoléon, Alexandre est le seul dont la carrière apparaisse comme dépourvue de cette unité dans le but qu’on pourrait nommer la lumière de l’histoire. Après avoir dans la fleur de sa jeunesse soumis la Grèce par sa modération autant que par son courage, il ose concevoir la pensée de délivrer les peuples helléniques de la suprématie persane, qui les minait par la corruption après les avoir si longtemps menacés par les armes. Si cette œuvre est audacieuse, elle n’a rien que de profondément politique ; mais le fils de Philippe ne s’arrête point après la chute de Darius. Le guerrier prudent qui a passé le Granique et triomphé à Issus, qui a ruiné Tyr et fondé Alexandrie pour assurer