Page:Revue des Deux Mondes - 1854 - tome 5.djvu/663

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et négative. Quelques-uns, froissés dans leurs préjugés révolutionnaires, un plus grand nombre tout stupéfaits en voyant la nation applaudir aux actes plus qu’aux discours, avaient guetté toutes les occasions de satisfaire sans péril leurs passions ou leurs vanités. Cette opposition du tribunal dans les deux premières sessions qui suivirent la mise en pratique de la constitution consulaire mériterait à peine les regards de l’histoire, tant elle était d’ordinaire mesquine dans son principe, stérile dans ses résultats, si elle n’avait eu le désastreux effet d’éveiller par l’injustice les premiers instincts du despotisme chez l’homme qu’on irritait si tristement dans la phase, la plus pure de sa pensée et de sa vie. Elle n’avait guère abouti qu’à faire ajourner quelques titres du Code civil et à obtenir du corps législatif le rejet d’une ou deux lois sans importance politique, des satisfactions sans portée étaient tout ce que la force de l’opinion dominante permettait à des esprits infatués, coupables du tort, que les peuples pardonnent le moins, celui de ne pas les comprendre. Mais lorsque la génération née sous Voltaire et vieillie sous Barras se vit en face d’un démenti solennel donné par un pouvoir issu de la révolution à une philosophie qui, pour l’éternel malheur de cette révolution, était étroitement enlacée avec elle ; lorsqu’on se sentit menacé d’avoir à donner un démenti à toute sa vie en suivant au pied des autels le dispensateur de toutes les fortunes, des résistances, invincibles pour tout autre que l’auteur de la paix de Lunéville, se produisirent dans toutes les parties de cette société officielle, aux premiers rangs de laquelle brillaient des évêques mariés et des moines apostats.

La partie de son travail dans laquelle M. Thiers expose ces résistances est classée depuis longtemps parmi les plus politiques de son œuvre. L’historien a pleinement compris son héros, et il fait toucher au doigt les obstacles accumulés à l’encontre de la grande pensée de Napoléon. Tout est dit sur ce sujet après le beau livre du Concordat, dont il est curieux pourtant de compléter le récit par l’histoire de M. Thibaudeau, œuvre sans éclat, mais non sans originalité, où se combinent par d’inextricables affinités toutes les passions de la convention et de l’empire, du révolutionnaire et du courtisan.

En prenant le parti d’en finir avec l’anarchie religieuse et de rattacher la France au centre de l’unité catholique, Napoléon n’avait pas seulement à combattre la plupart de ses conseillers habituels ; il soulevait des repoussemens et des inquiétudes d’une portée incalculable au sein des classes moyennes presque tout entières, dans les rangs desquelles la tradition chrétienne était bien plus complètement interrompue que parmi le peuple, et qui, les mains pleines de biens d’église, voyaient leurs préjugés corroborés par leurs intérêts. La négociation