Page:Revue des Deux Mondes - 1854 - tome 6.djvu/368

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— Les poltrons! cria la duègne, ce sont ceux qui s’obstinent à rester ici... Ne voyez-vous pas que don José est bien loin devant les siens ?

En parlant ainsi, doña Marta, exaltée par ses propres discours, essayait de faire sortir des rangs sa haquenée pacifique; mais la bête, qui se souciait fort peu de s’aventurer dans la plaine, refusa obstinément d’obéir. La duègne dut donc renoncer à courir sur les pas du vaillant capitaine, qui galopait à bride abattue, labourant à coups d’éperons les flancs du noble animal qui le portait. Il avait laissé ses soldats en arrière et se rapprochait insensiblement du cacique. Celui-ci, haletant, l’œil hagard, excitait par un sifflement sauvage l’ardeur du cheval avec lequel il espérait se dérober à la poursuite de don José. Il lui eût suffi de lâcher sa proie, de laisser glisser sur l’herbe la jeune fille, pour ralentir la course de son ennemi et se sauver lui-même. Loin de là; pour railler le hardi cavalier, il brandissait d’un air de triomphe son large couteau, et faisait mine de le plonger dans le sein de la Antonina. Par ce geste menaçant, il semblait dire : Si tu me touches, elle est morte. Puis, quand il vit que don José s’approchait, il détacha de sa ceinture les boules fixées aux extrémités d’une triple lanière de cuir : élevant la main droite au-dessus de sa tête, il fit tourner l’arme redoutable et la lança derrière lui avec tant de vigueur, que les boules sifflèrent, dans leur course rapide, comme la pierre qui s’échappe d’une fronde. Don José eût été renversé par le choc, s’il n’avait baissé la tête précipitamment; il en fut quitte pour un choc assez violent qui lui causa un éblouissement passager. Son chapeau, enlevé par les boules, alla rouler bien loin derrière la croupe de son cheval. Se redressant alors avec l’énergie qu’inspire aux hommes courageux la vue d’un danger suprême, il leva sa carabine à bras tendu : — Que Sant-Iago me vienne en aide! murmura-t-il, et il fit feu. Le beau cheval blanc qui emportait Antonina et l’Indien s’abattit sur la poussière; la jeune fille évanouie échappa aux étreintes du cacique qui se redressait l’œil étincelant, prêt à recommencer un combat corps à corps; mais les soldats que don José avait devancés dans sa course se pressèrent autour de leur chef; ils saisirent le sauvage après l’avoir blessé de plusieurs coups de pointe en le désarmant, et le lièrent avec les licols de leurs chevaux.

Lorsqu’Antonina reprit ses sens, elle était entre les bras de don José, qui lui montrait la horde des Puelches fuyant à l’horizon. N’ayant plus à redouter une surprise, les Espagnols poussèrent une reconnaissance dans la plaine, et cette; course de quelques instans leur fit découvrir une dizaine d’Indiens démontés ou blessés qui se tenaient blottis dans les liantes herbes. quand don José rejoignit sa troupe avec