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reçu les ordres sacrés, arriva à la cour moghole en 1591; elle n’y séjourna qu’une année. La troisième enfin quitta Goa à la fin de l’année 1594 et rejoignit l’empereur le 5 mai 1595 à Lahore, où la cour était établie depuis plusieurs années.

Ce fut dans l’intervalle qui s’écoula entre la première et la seconde mission des jésuites qu’Akbăr, résolu d’approfondir les dogmes de la religion du Christ, écrivit au roi de Portugal une lettre qui nous a été conservée dans le recueil d’Abou’l-Fazl. Nous allons la faire connaître d’après la version de J. Fraser [1], celle de J. Hanway [2], et la traduction littérale que nous devons à l’obligeance du savant traducteur du Korân [3].

« Répandons le tribut de nos louanges au pied du trône du vrai roi, dont la puissance est à l’abri du choc de la décadence et dont l’empire est inaccessible à l’atteinte des révolutions [4].

« L’étendue de la terre et du ciel visible n’est qu’un petit recoin de sa création, et l’espace infini un échantillon de ses œuvres. — C’est lui qui gouverne et maintient par des règles immuables l’ordre de cet univers, et qui dirige la société humaine par l’organe de la haute raison des souverains dont la justice et la fermeté assurent l’exécution des lois. — C’est lui dont la volonté toute puissante a mis dans chaque individualité le besoin d’affection et d’amour qui unit l’immense variété des êtres par une inclination mutuelle et fait sortir de cette tendance commune l’harmonie et le lien de la création.

« Louange infinie soit aussi offerte aux âmes pures de toutes les catégories de prophètes et d’envoyés qui ont constamment marché dans les voies du Seigneur et ont guidé leurs semblables dans les sentiers de la vérité !

« Ceux d’entre les hommes clairvoyans qui empruntent leurs lumières aux flambeaux de la sainteté savent bien que, dans ce bas-monde où se réfléchit

  1. The History of Nader Shâh, formerly called Thomas Kuli Khân, the present emperor of Persia. To which is prefixed a short History of the Moghol emperors, etc., by James Fraser. The second édition, London 1742, in-8°, p. 12-18.
  2. The Revolutions of Persia, etc., by Jonas Hanway, Merchant. — Vol. IIe, (IVe vol. de l’ouvrage intitulé : An Historical Account of the British trade over the Caspian sea, etc.). London, 1753, in-4°, p. 217-219.
  3. Nous nous sommes également aidé des lumières de M. Alex. Chodzko, qui a bien voulu comparer, à notre demande, les textes de plusieurs manuscrits de la Bibliothèque nationale, à l’effet d’éclaircir surtout la question, plus d’une fois controversée, de savoir à quel personnage la lettre qui nous occupe a été réellement adressée. MM. Kazimirski et Chodzko sont convaincus, d’après un examen attentif du texte, qu’Akbăr s’adresse ici à un prince chrétien. Le titre de la lettre, en rouge, diffère selon les manuscrits. Celui que Fraser avait sous les yeux portait : Firmân revaï Farăng (souverain des Francs). Certaines expressions communes à tous les manuscrits ne laissent aucun doute sur la destination de cette lettre remarquable, attendu qu’elles ne peuvent s’appliquer qu’à un souverain.
  4. Les musulmans, non-seulement dans leurs lettres, mais dans la plupart de leurs écrits, consacrent les premières ligues à la louange de Dieu, puis à celle du prophète. Akbăr débute en effet par les louanges de l’Être suprême, mais il ne fait aucune mention de Mahomet ni au commencement de la lettre ni dans le paragraphe relatif aux catégories (comme il le dit) des prophètes et des apôtres ou envoyés.