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beaucoup d’intérêt à cette savante publication. L’éditeur annonce pour les volumes qui suivront un ouvrage complètement inconnu jusqu’à ce jour, le Journal de Lessing pendant son voyage en Italie, et d’importantes additions à la Dramaturgie de Hambourg. Il suffit de signaler de telles découvertes pour faire apprécier toute la valeur de l’édition que publie le libraire Goeschen; j’ajoute que la beauté de l’exécution typographique répond à l’importance des recherches littéraires. On peut relire maintenant, dans le texte le plus pur, et le plus commodément du monde, c’est-à-dire avec le double plaisir de l’esprit et des yeux, ces drames, ces poésies, et surtout tant de vigoureux manifestes, tant de féconds programmes théologiques ou littéraires qui ont été pour l’esprit germanique le signal du réveil. Grâce à la science de Lachmann, au zèle de M. de Maltzahn, aux soins de M. Goeschen, l’Allemagne a élevé un monument au promoteur de sa littérature nationale.

Puisque nous parlons de Lessing, signalons aussi l’étude que vient de lui consacrer un habile théologien, professeur à l’université de Halle, M. Charles Schwarz. Lessing n’était pas un théologien de profession, mais il a eu un sentiment plus vif des fautes, des dangers, des besoins de la théologie de son siècle, que la plupart des directeurs officiels de l’église protestante. C’est un intéressant spectacle de voir un théologien comme M. Schwarz rendre ce témoignage à l’éditeur des Fragmens d’un Inconnu, à l’auteur de l’Éducation du Genre Humain. Lessing en effet, qui représentait si bien les ardentes aspirations philosophiques de son époque, n’était pas moins attaché à la dignité de la théologie. La pusillanimité, la platitude, le rationalisme vulgaire de la plupart des théologiens du XVIIIe siècle lui arrachaient des cris de colère. Il voyait là une véritable trahison. Ame puissante et généreuse, il unissait dans sa pensée, non pas dogmatiquement, mais d’une façon libre et vivante, le double esprit de la philosophie et de la religion.

Il y a là tout un côté fort peu connu du rôle philosophique de Lessing qui méritait d’être soumis à une critique attentive par un écrivain compétent. Que le travail de M. Schwarz soit le bienvenu! Il n’éclaire pas seulement l’histoire de la théologie allemande au XVIIIe siècle, il jette aussi beaucoup de jour sur l’état des écoles et des controverses théologiques dans l’Allemagne d’aujourd’hui, car M. Schwarz introduit hardiment Lessing dans notre XIXe siècle, et l’amène à déclarer lui-même quel serait son rôle au milieu des discussions présentes. Nous ne partageons pas toutes les vues de M. Schwarz, nous ne voudrions pas souscrire à toutes ses décisions; ce que nous approuvons sans réserve, c’est l’inspiration générale du livre, c’est ce généreux désir d’accorder deux forces hostiles en apparence et cependant aussi nécessaires et aussi indestructibles l’une que l’autre, la liberté philosophique et le sentiment religieux. Nous reviendrons sur le travail de M. Schwarz et sur la grande figure de Lessing; qu’il nous suffise aujourd’hui d’avoir signalé aux philosophes, aux lettrés et même aux théologiens, ces importantes publications.


SAINT-RENE TAILLANDIER.

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V. DE MARS.

  1. Gotthold Ephraim Lessing als Theologe dargestellt, von C. Schwarz. Halle, Pfeffer.