Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/111

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liter l’importation quand le blé monte et à l’entraver quand il baisse, et à produire l’effet contraire pour l’exportation. Le tout est calculé pour maintenir autant que possible le prix moyen à 20 francs par hectolitre. Rien de plus séduisant à coup sûr, rien qui paraisse mieux concilier les intérêts du producteur et du consommateur, mais en réalité rien de plus trompeur.

Constatons d’abord les résultats obtenus. L’échelle mobile a été organisée en 1821. Depuis cette époque, les prix des blés ont subi des variations que toutes ces savantes combinaisons n’ont pas pu empêcher. Le prix moyen était en 1821 de 18 fr. ; il tomba à 15 en 1822, se releva dans les années suivantes pour retomber encore, et finalement nous l’avons vu en 1847 à 35 fr., en 1849 à 15, en 1855 à 32, différences énormes qui démontrent tout au moins l’inefficacité complète du système. Allons plus loin, voyons s’il n’est pas nuisible et si son action n’a pas été favorable à ces variations qu’il avait pour but de prévenir ; elles ont ailleurs leur cause, mais il les aggrave.

Comme pour la viande, il existe pour le blé un prix moyen qui concilie tout et qu’il est désirable de maintenir ; j’accepte comme tel 20 fr. l’hectolitre. De plus, j’admets volontiers que, si le nord-ouest de la France peut produire avec bénéfice un peu au-dessous de ce prix, le sol et le climat du sud-est exigent un peu plus. Il y a eu jusqu’ici entre les marchés de Nantes et de Marseille une différence considérable, qui va quelquefois jusqu’à cinquante pour cent. J’admets qu’il y a dans cette différence, quoiqu’elle soit en train de s’atténuer par les chemins de fer, qui mettront tous les jours de plus en plus en communication les marchés intermédiaires, quelque chose de fondamental. J’accepte donc, outre le prix moyen, le principe même des zones, c’est-à-dire tout ce qui constitue l’échelle mobile. Je sais que la région où l’importation peut prendre les plus grandes proportions est précisément celle où le prix est le plus élevé, la côte de la Méditerranée. Je n’en suis pas moins convaincu que, si l’échelle mobile était supprimée non temporairement comme aujourd’hui, mais à tout jamais, si le blé étranger entrait en France en franchisé de droits et à plus forte raison avec un droit fixe, si du même coup l’exportation devenait libre en tout temps, les résultats qu’on a voulu obtenir avec l’échelle mobile seraient, beaucoup plus sûrement acquis, et les variations des prix ramenées à leurs limites inévitables par le seul effet du mouvement naturel du commerce.

Le plus grand défaut de ce mécanisme prétentieux, comme de beaucoup d’autres, c’est d’avoir voulu faire artificiellement ce qui se fait tout seul. Par la nature même des choses, l’importation diminue et l’exportation s’accroît quand le prix du blé baisse à l’intérieur ; le contraire arrive quand il monte. Il est inutile de prendre des mesures pour amener ce résultat, il suffit de ne pas l’entraver.