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Fit résonner le violon,
L’autre chanter la clarinette.

Sonores échos d’outre-Rhin,
Chansons de l’errante bohême :
La cigale au bruyant refrain
Se tut, — quoique artiste elle-même.

Que de voluptés à la fois
Pour la friande compagnie !
On eût dit un festin de rois,
Accompagné, de symphonie.

Quand le duo mélodieux
S’interrompait de courtes pauses,
Les sous pleuvaient à qui mieux mieux
Aux pieds des humbles virtuoses.

Et moi, du seuil de la maison
Regardant la scène à distance,
Je pensais : Montaigne a raison,
« Les gueux ont leur magnificence ! »


AUX PAYSANS


Aux voix qui vous diront la ville et ses merveilles,
N’ouvrez pas votre cœur, paysans, mes amis.
À l’appel des cités n’ouvrez pas vos oreilles ;
Elles donnent ; Hélas ! moins qu’elles n’ont promis.

Laissez chanter le chœur des machines stridentes,
Laissez les noirs engins hurler à pleins ressorts.
De vos sages aïeux gardez les mœurs prudentes ;
Et comme ils ont vécu, vivez — calmes et forts !

La cité pour son peuple en vain se dit féconde ;
Le pain de ses enfans est plus amer que doux.
Sous un luxe qui ment, tel rit aux yeux du monde
Qui tout bas porte envie au dernier d’entre vous !

Paisibles et contens, la tâche terminée
À votre cher foyer vous rentrez chaque soir.
Combien de citadins, au bout de leur journée,
Ne rapportent chez, eux qu’un morne désespoir !

De beaux enfans vermeils, une chaste compagne,
Voient se pencher sur eux votre front adouci.