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SIR ROBERT PEEL.

partis. Aussi longtemps que je verrai le gouvernement disposé à défendre contre toute innovation téméraire les droits de la propriété, l’autorité des lois, l’ordre de choses établi et régulier, je croirai de mon devoir, sans tenir aucun compte des sentimens de parti, de me ranger de son côté… Et en disant cela, je n’admets nullement la justesse des insinuations qui représentent le parti avec lequel j’ai l’honneur de marcher comme ennemi de toute réforme. Je me suis opposé à votre réforme parlementaire parce que j’avais dans la chambre, telle qu’elle était alors constituée, la ferme confiance qu’elle saurait admettre toutes les réformes utiles, graduelles et sûres. Je n’ai jamais été opposé à ces réformes-là… Mais je l’avoue franchement, je crains que la chambre qui siége maintenant ne soit trop portée à croire que tout est mal dans ce qui est établi et ancien ; je ne doute point des bonnes intentions de la majorité, mais je crains que la plupart de ses membres n’arrivent ici avec cette impression que les institutions sous lesquelles ils ont jusqu’ici vécu sont pleines d’abus à réformer, et qu’ils n’aient une confiance trop présomptueuse dans nos moyens d’y porter remède… Trois mois ne se passeront pas, j’en suis convaincu, qu’ils ne se voient déçus dans leurs espérances ; il est absolument impossible qu’elles soient satisfaites… J’ai appris avec satisfaction que les ministres de sa majesté, disposés à réformer tous les abus réels, étaient en même temps résolus de s’en tenir à la constitution de la chambre des communes telle qu’elle est faite maintenant, et de repousser toute expérience qui pourrait jeter de nouveau le trouble dans l’esprit public. Je suis décidé à les soutenir dans cette résolution. »

Pendant deux ans et deux sessions du parlement, en 1833 et 1834, aucun incident ne vint troubler sir Robert Peel dans cette ligne de conduite, et il y persista avec autant de succès que de constance. Les grandes questions se pressaient à la porte et dans l’enceinte des chambres : pour l’Angleterre, la réduction des impôts, la réforme des corporations municipales, l’introduction du scrutin secret dans les élections ; pour l’Irlande, la réforme de l’église anglicane et de la distribution de ses richesses, les mesures de répression contre les désordres sanglans dont l’Irlande était encore le théâtre, même la révocation de l’union des deux royaumes et le retour à leurs parlemens séparés. Je ne rappelle ici que les grandes affaires. Toutes les idées, tous les desseins qui, depuis quinze ans, avaient été dans les salons, dans les journaux ou dans les chambres, l’objet des conversations, des écrits et des discours de l’opposition whig ou radicale, étaient maintenant à l’ordre du jour, comme autant de propositions formelles qui demandaient à devenir des lois. Sur toutes ces questions, à mesure qu’elles se présentaient, sir Robert Peel était prêt et apportait