Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/293

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de Crédit mobilier a déjà de puissantes ressources pour exercer, au profit des affaires créées par elle, cette attraction sur les capitaux disponibles. Le secret de cette attraction, c’est la plus-value immédiate, la prime, qu’obtiennent dès leur émission les actions d’une affaire nouvelle. Avec les ressources financières qu’il possède, le Crédit mobilier assure infailliblement cette prime, cette plus-value aux actions des entreprises qu’il patronne. Imitant l’exemple de Law, qui, au temps de l’engouement du système, distribuait entre les actionnaires de sa compagnie, au prorata de leurs actions, les actions nouvelles qu’il émettait, le Crédit mobilier fait à ses actionnaires la même faveur : il leur réserve un nombre d’actions au pair des affaires nouvelles proportionné à la quantité d’actions du Crédit mobilier que chacun possède. C’est l’ingénieux procédé à l’aidé duquel s’engendrèrent les filles et les petites-filles du système. Ces actions au pair, sur lesquelles on peut réaliser immédiatement en les vendant le bénéfice de la prime, ont un attrait auquel le capital disponible ne résiste pas. Si la prime se maintient, si elle s’accroît par des recrudescences de hausse, les actions de plus en plus recherchées finissent, comme on dit, par se classer, c’est-à-dire par arriver aux mains des capitalistes qui peuvent les garder comme placement. Commanditer une affaire, en d’autres termes souscrire la totalité ou une partie de ses actions, maintenir la plus-value, la prime de ces actions, et à la faveur de cette prime les vendre au public, telle est, en langage pratique, l’opération d’une banque de commandite, opération que sa constitution l’oblige à répéter le plus souvent possible. On peut, à ce point de vue, se représenter une telle banque comme un vaste et puissant appareil, qui, par les affaires qu’il crée, les actions qu’il émet, les primes qu’il assure à ces actions, aspire sans relâche les capitaux disponibles et les verse dans la commandite des entreprises où il les immobilise.

On doit comprendre qu’il n’est point dans la nature d’une machine ainsi organisée et fonctionnant sans cesse de se modérer elle-même et de se contenir dans ses limites normales. Nous avons dit dans un article précédent quelle est la limite naturelle du crédit commanditaire : c’est la somme des capitaux nouveaux que forme annuellement l’accumulation des épargnes. Parla nature de son organisation, qui lui commande de marcher et qui lui conseille l’audace, par la multiplicité des sollicitations qui l’assiègent soit pour la création d’affaires nouvelles, soit pour l’obtention au pair des actions de ces affaires, une société comme le Crédit mobilier n’est point placée dans une situation qui lui permette d’apprécier toujours avec désintéressement et exactitude les ressources actuelles du crédit commanditaire qu’on ne peut dépasser sans péril. D’un côté, elle est attirée par l’importance