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qui l’égalent à la monnaie dans la circulation, car toutes les fois qu’il changerait de mains il donnerait lieu à une supputation pour la fixation de sa valeur actuelle et relative. Il ne circulerait plus comme le numéraire, il ne servirait plus à la mesure des autres valeurs ; il ne circulerait que comme une valeur quelconque que l’on achète et que l’on vend à prix débattu, en la comparant à la valeur type, à l’étalon monétaire. Le billet de banque serait encore plus impropre à la circulation, s’il n’était point remboursable à présentation, s’il n’était payable qu’à l’échéance d’un certain nombre de jours de date ou de vue. Le temps en effet qui devrait s’écouler, dans ce cas, avant sa conversion en espèces, ajouterait un élément de variation de plus à sa valeur. Pour que le billet de banque soit une véritable monnaie fiduciaire, il faut donc qu’il soit toujours au pair avec la monnaie. Pour que cette parité existe, il faut que la somme exprimée par le billet de banque soit à tout moment convertible en une somme égale en numéraire. Il importe de ne point oublier non plus que la nature de l’opération qui donne lieu à l’émission du billet de banque garantit à la banque la rentrée prochaine du numéraire représenté par le billet. Les banques émettent leurs billets contre les effets de commerce qu’elles escomptent. Or les effets de commerce, gage des billets mis en circulation, sont des valeurs fixes qui, une fois dans les portefeuilles des banques, ne sont exposées à subir aucune variation, et qui à l’échéance sortiront du portefeuille pour ramener dans la caisse la somme intégrale de numéraire qu’elles expriment.

Les obligations du Crédit mobilier ne satisfont à aucune de ces conditions. D’abord, quant aux obligations à long terme, que M. Isaac Pereire ne semble point tout à fait exclure du rôle d’intermédiaire circulant lorsqu’il se borne à dire : « Nos obligations à courte échéance seront celles qui feront principalement fonction de monnaie, » il est évident que par la nature de leur gage elles ne sauraient posséder la fixité de valeur nécessaire à un intermédiaire de circulation. Les valeurs qui leur servent de gage, et qu’elles sont destinées à représenter, ne sont point, comme les effets de commerce, des valeurs de même nature, représentant des sommes fixes et invariables, se résolvant d’elles-mêmes en numéraire à une échéance prochaine et déterminée : ce sont des valeurs de nature diverse, soumises à de constantes variations sous l’influence de causes générales et de causes spéciales, et qu’on ne peut réaliser en numéraire que par une vente opérée à un prix qui ne saurait être prévu avec certitude au moment de l’émission des obligations. De plus, les obligations du Crédit mobilier ne sont point remboursables à présentation. On a vu qu’elles se divisent en deux catégories : les