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I

L’étude des fossiles, la paléontologie, ne s’est constituée que sous l’influence de la géologie, et grâce aux progrès de cette dernière science. Montrer l’état des recherches paléontologiques et la nature des questions qu’elles soulèvent, ce sera constater une des plus curieuses applications de la géologie. Il ne faut cependant pas méconnaître les services qu’on doit également attendre dans cette direction de la zoologie et de l’anatomie comparée. Tout le. monde connaît la mémorable tentative de Cuvier, qui reconstitua en quelque sorte les mammifères dont les restes furent trouvés dans la butte Montmartre : il les compara aux animaux aujourd’hui vivans sur la terre, et il réussit, à force de pénétration, d’analogies, d’inductions, à recomposer des êtres entiers avec quelques dents et des ossemens brisés ; il fut en même temps conduit à l’étonnante conclusion que de tous ces animaux pas un seul n’avait de représentant actuel, et que leur race était complètement détruite. De pareilles comparaisons ont été faites depuis pour toute la série organique des êtres, — mammifères, poissons, reptiles, oiseaux, articulés, mollusques et rayonnes. Dans l’immense série des couches et des terrains géologiques, partout l’on a retrouvé des restes d’animaux aujourd’hui anéantis : tantôt l’espèce seule est frappée, tantôt la destruction atteint le genre lui-même, qui comprend la collection de toutes les espèces liées par un certain ensemble de caractères communs. Toutefois la terre et les eaux ne restent jamais dépeuplées : à l’œuvre périodique de destruction succède celle de renouvellement, et les catastrophes les plus terribles ne peuvent atteindre le principe même de vie répandu dans le monde. La féconde nature est comme ces fleuves qu’un obstacle vient arrêter : quand ils ne peuvent le renverser, ils le tournent, s’étendent, se divisent et reparaissent plus loin, toujours puissans et majestueux.

La géologie d’une part, la zoologie de l’autre, ont donc à intervenir dans les études paléontologiques. Il est cependant une autre science à laquelle ces études nous ramènent. Est-il possible de trouver l’indice d’une loi générale dans le développement de cette multitude d’êtres de toutes les classes et de toutes les familles ? Où saisir un fil pour se conduire dans cette succession indéfinie ? par quelles causes et de quelle manière les formes organiques se sont-elles modifiées ? Ici c’est à la philosophie naturelle d’aider les recherches de l’observateur. On n’ose encore prévoir l’époque où seront dissipées les ténèbres qui enveloppent ces questions : c’est déjà beaucoup pourtant que de les poser. Si lointain que soit le but, c’est à s’en rapprocher,