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qui ont façonné leur changeante demeure, et que M. Élie de Beaumont a le premier su déchiffrer et lire dans les caractères grandioses des montagnes et des formes terrestres.

Pendant les longues périodes d’équilibre et d’harmonie universelle, où les relations extérieures ne s’altèrent jamais, il semble naturel de croire que les formes organiques ne doivent point se modifier. Il ne serait pourtant pas impossible que le développement des grandes familles animales fût subordonné à la lente influence du temps. Comme les individus que nous voyons naître, grandir et mourir, peut-être ne sont-elles douées que d’une vitalité bornée, qui s’épuise par l’action mystérieuse et destructive des siècles ; C’est assez d’indiquer en passant une pareille conception, faite pour séduire les esprits qui aiment à élargir notre notion ordinaire de la vie, mais sur laquelle notre expérience bornée ne nous permet pas de nous prononcer. Si loin que remontent les souvenirs et les traditions de l’humanité, nous ne pouvons trouver le plus faible indice d’un pareil changement : les squelettes des animaux que, par une superstition bizarre, les Égyptiens embaumaient il y a quatre mille ans, ressemblent dans leurs moindres détails à ceux des mêmes animaux aujourd’hui vivans. Les seules modifications que nous connaissions sont dues à l’activité humaine, qui s’introduit comme une force nouvelle dans la nature. L’homme a pu, en faisant passer certains animaux de l’état sauvage à l’état domestique, modifier quelques-uns de leurs caractères ; mais, si longtemps qu’elle se prolonge, l’action de l’homme sur les animaux ne s’exerce en quelque sorte qu’à la superficie et ne pénètre jamais aux profondeurs mêmes de leur organisation, comme le prouve assez l’étonnante rapidité avec laquelle les animaux retournent à l’état sauvage où s’effacent en quelques années les diversités et les nuances produites par des siècles de domesticité. Abandonnés à eux-mêmes, les êtres se perpétuent sans que rien modifie leurs caractères, les types se transmettent avec une inaltérable constance, et le développement de la vie organique participe de la régularité imprimée aux grands phénomènes du monde physique.


II

Il y a cependant des époques où ce calme séculaire est brusquement rompu des révolutions effrayantes, crises périodiques de notre terre, jettent une perturbation soudaine parmi tous les êtres animés. Pour en apprécier toute la violence, il suffît d’en indiquer l’origine. Au-dessous des parties solides qui forment nos continens et le lit de nos mers et qu’on appelle avec raison l’enveloppe de notre