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vingt systèmes de montagnes soulevées à des époques différentes, et ses savantes recherches, qu’il étend aujourd’hui à toutes les parties de la terre, enrichissent chaque jour la liste de ces révolutions. Ainsi qu’il l’a fait voir notamment pour les Alpes, la structure d’une même région terrestre, parfois assez peu étendue, est rarement due à une action unique : elle se décompose en quelque sorte en accidens de diverse nature, qu’il faut rapporter à des efforts successifs et périodiques, comme on peut compter dans une grossière sculpture en bois les coups de ciseau qui ont accentué de plus en plus l’ébauche informe.

Les grandes relations naturelles, tien que se modifiant par suite des révolutions du globe, n’ont Sans doute jamais été altérées d’une manière aussi profonde, aussi fondamentale qu’on le croyait autrefois, et la croyance que chacun de ces événemens avait pour conséquence la destruction radicale et le renouvellement complet des êtres vivans semble perdre chaque jour du terrain. Le développement des formes organiques, qui s’est opéré en même temps que celui des formes extérieures de notre globe et en relation intime avec ces modifications physiques, présentera Un jour une longue série d’évolutions discontinues, mais peut-être plus légères qu’on ne l’avait cru pendant longtemps. Il faut sans doute des crises multipliées pour altérer profondément les caractères de la nature vivante et en changer complètement les aspects. Nous savons dès à présent que, si l’on étudie en détail des régions dont les caractères paléontologiques offrent au premier aspect des analogies et pour ainsi dire des airs de famille évidens, l’on arrive à y subdiviser les terrains en étages superposés plus ou moins nombreux, qui ne sont pas absolument identiques d’une contrée à une autre, quelquefois très voisine, et qu’il faut savoir réunir ces étages en groupes plus généraux pour retrouver dans ces terrains des divisions paléontologiques communes. Aussi cherche-t-on moins à définir les formations géologiques par un nombre déterminé, une succession immuable d’espèces, que par l’ensemble général des caractères des faunes et des flores. À mesure qu’on étudiera la succession des formes organiques, à travers tous les terrains, dans des parties plus multipliées de la terre, la va-leur de ce qu’on nomme le caractère zoologique ira sans doute encore en s’élargissant. C’est cette détermination qui forme la difficulté capitale de la paléontologie, et, tout en poursuivant cette œuvre difficile, cette science ne devra jamais oublier que, dans l’ordre de position des couches qui forment l’écorce du globe, la nature nous Il laissé des révolutions passées des témoins aussi simples qu’imposans, qui seuls ne peuvent pas nous tromper.


AUGUSTE LAUGEL.