Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/470

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et annonçaient une révolution prochaine. L’épée de Damoclès., que Bernadotte avait déjà conjurée une première fois, et qui s’était retirée pour faire place un instant à de trop brillantes perspectives, était de nouveau suspendue sur sa tête.

Avec quel profond malaise l’impatient Bernadotte subissait toutes ces alarmes, les correspondances diplomatiques l’attestent abondamment. « En admettant que je vive encore quelques années, ce qui ne sera pas, disait-il un jour, en mars 1817, devant le chargé d’affaires de France, mon fils ne serait-il pas bien plus heureux redevenu Français et pouvant se distinguer parmi les Français ? Il n’y a pas grand bonheur à gouverner les hommes, et avec 25,000 livres de rente dans le midi de la France, je vivrais plus content qu’à régner ici sur des esclaves… Si j’avais entre les mains le fil de ma vie et celui de la vie de ma femme et de mon fils, en vérité je me hâterais de les trancher ! »

Ces accès d’humeur faisaient quelquefois place à des récriminations amères. « Les alliés étaient des ingrats, disait-il. Sans lui, la résidence de l’empereur de Russie serait aujourd’hui Astrakan ou Kasan ; la Finlande, l’Esthonie, la Courlande, la Livonie, la Bologne, lui eussent été arrachées sans retour. Sans lui, la Prusse eût été rayée de la carte d’Europe. Sans lui, l’Allemagne eût été divisée en une foule de petites républiques dont les chefs eussent été nommés par la France… Et ces mêmes alliés oubliaient maintenant ses bienfaits jusqu’à conspirer contre lui !… Il eût été perdu, ajoutait-il, si la famine qui menaçait, pendant l’année 1816, la Suède méridionale fût venue ajouter un nouveau péril intérieur à ceux que rencontrait son gouvernement Heureusement, dès son arrivée en Scanie, des pluies bienfaisantes étaient venues multiplier les moissons. Il savait bien qu’il n’était pas un saint, mais enfin le peuple suédois n’avait pu voir sans étonnement le ciel exaucer ainsi ses prières. Si ce bienfait n’avait mis fin aux tristes prévisions de l’avenir, il ne lui fût resté d’autre ressource que de se mettre à la tête de ses peuples, et d’aller renouveler ces fameuses excursions par lesquelles leurs ancêtres avaient si fortement étonné le monde… » Quant aux conspirations fausses ou réelles qu’on dénonçait chaque semaine à Bernadotte, il fit une grande scène qui atteste ou sa profonde inquiétude sur des complots redoutés, ou son désir de frapper d’étonnement ses ennemis intérieurs. Dans la journée du 13 mars 1817, sur un propos d’une servante de cabaret, on avait donné avis au prince d’un prochain attentat contre sa personne. Aussitôt, jetant feu et flammes, il avait fait ordonner des arrestations et publié qu’il recevrait le jour suivant les félicitations des divers corps de l’état pour son salut inespéré. Les harangues par lesquelles il répondit aux députations de ces