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près de la couronne des tentacules, d’autres se prononcent de même, et s’espacent régulièrement jusque près du pédicule, qui n’est lui-même jamais atteint Le corps du polype se trouve ainsi comme cerclé de dix à quatorze anneaux. Ces anneaux sont d’abord lissés, mais bientôt leur bord inférieur se festonne, et l’on reconnaît huit petites lanières bifurquées à leur extrémité. Les sillons intermédiaires se creusent de plus en plus, et arrivent jusque tout près de l’axe du polype. Celui-ci, à ce moment, ne ressemble pas mal à une pile de petites assiettes à bords profondément découpés, très plates, et tenant les unes aux autres par leur centre : le scyphistoma s’est pour ainsi dire coupé lui-même en tranches. C’est la méduse, parvenue à ce point de son évolution, que Saars avait décrite sous le nom de strobila, et l’on voit combien était excusable la méprise du naturaliste norvégien.

Arrivées à ce degré de développement bien imparfait encore, les divisions du strobila donnent déjà des signes irrécusables d’individualisation. Chacune d’elles agite isolément les rayons en franges de son bord libre ; si l’on vient à en toucher une, elle se contracte seule. Pour que toutes ces tranches d’un animal naguère unique deviennent autant d’animaux distincts, il suffit qu’elles se séparent, et c’est ce qui ne tarde pas à arriver. La plus élevée, celle qui porte encore les tentacules du scyphistoma, se détache la première, et l’on ne sait ce qu’elle devient. Celles qui suivent en font autant, et nagent immédiatement dans le liquide à la façon des acalèphes. Ce sont déjà des médusaires, mais non pas des aurélies, et Saars les compare avec raison à une espèce très différente appartenant à un autre genre, l’éphyre à huit rayons (ephyra octo radiata). Ni la forme ni surtout l’organisation ne sont encore ce qu’elles doivent être, mais bientôt ces larves se complètent. D’abord très plates, comme nous l’avons dit plus haut, elles deviennent de plus en plus concaves d’un côté et convexes de l’autre ; la cavité digestive, les canaux gastro-vasculaires se prononcent ; la bouche s’ouvre et s’entoure de ses tentacules ; les cirrhes marginaux se montrent, d’abord rares, puis plus nombreux ; les appareils reproducteurs mâle et femelle naissent sur des individus séparés et entrent bientôt en fonctions. Enfin, au lieu d’un seul infusoire, au lieu d’un scyphistoma plus ou moins ramifié, au lieu d’un strobila plus ou moins segmenté, ou d’un essaim d’éphyres, on a sous les yeux de nombreuses aurélies roses, toutes semblables à celle qui avait pondu l’œuf unique primitif et ne pouvant se reproduire que comme elle.

Quelque peu naturalistes que puissent être nos lecteurs, que penseraient-ils si on venait leur dire : Un papillon a pondu un œuf ; de cet œuf est sorti un ver de terre qui bientôt s’est changé en chenille ;