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il a produit par gemmation d’autres polypes semblables à lui. Entre le scolex primitif et les strobiles qui en proviennent, se trouvent donc intercalées plusieurs générations. Or ces générations ne sont pas toujours semblables entre elles. Il arrive parfois qu’un individu, quoique produit par bourgeonnement, diffère de son parent à beaucoup d’égards, ou même ne lui ressemble pas du tout : c’est comme si une chenille velue poussait sur une chenille lisse. En ce cas, la première forme sera désignée par l’expression de protosco-lex [1], la deuxième par celle de deutoscolex [2], et ainsi de suite, en faisant toujours entrer dans la composition du mot les noms de nombre tirés du grec, de manière à indiquer la succession des générations [3].

La reproduction des aurélies peut être prise pour type dans l’étude des faits qui nous occupent en ce moment. Sous le rapport de la multiplicité des phénomènes, elle tient pour ainsi dire le milieu. Il en est de beaucoup plus simples et aussi de beaucoup plus compliquées ; mais quelques phases de plus ou de moins se manifestant dans le cours d’un pareil développement n’en changent pas le caractère. Or, sans en discuter encore la signification précise, nous devons dès à présent signaler deux faits essentiels comme ressortant de ce qui précède. Premièrement, chaque œuf pondu par notre méduse engendre non pas une seule au relie, comme eût fait l’œuf du papillon, mais bien un très grand nombre d’individus ; secondement, cet engendrement a lieu d’une manière médiate, car entre deux générations d’aurélies il se produit par bourgeonnement plusieurs générations d’animaux très différentes. À parler d’une manière plus générale encore, il y a ici engendrement de générations multiples à l’aide d’un germe unique. C’est la ce que j’ai cherché à exprimer par le mot de généagénèse, applicable à tout mode de reproduction qui présentera ce caractère fondamental.

Si nous reprenons avec ces nouvelles données l’histoire de l’hydre, des pucerons et des biphores, si nous ajoutons à ce qu’avaient de couvert les anciens le résultat des investigations plus récentes, nous allons voir ces phénomènes de multiplication, au premier abord si peu semblables, prendre un air de famille et se grouper tout naturellement. Ce rapprochement a été fait pour la première fois par un

  1. C’est-à-dire premier scolex.
  2. C’est-à-dire second scolex.
  3. M. van Bénéden, réservant le nom de scolex à la génération qui produit le strobila, appelle dans certains cas proscolex (avant-scolex) la génération qui précède. De là résulte parfois un peu de confusion dans l’exposé des phénomènes. La règle bien simple que je propose d’adopter, laquelle n’est d’ailleurs qu’une modification légère des idées du naturaliste belge, fait aisément disparaître cette petite difficulté.