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ment où sa mère me disait d’elle : « C’est un cœur intrépide, une vraie femme de soldat, » la pauvre enfant se prit à fondre en larmes.

Les jours suivans, ce fut bien pis. On ne parlait plus tant de victoire et de gloire. On racontait les épouvantables souffrances des blessés, les ravages de la fièvre d’hôpital, les privations inouïes auxquelles l’incurie de notre administration militaire avait exposé nos malades. La tante Thomasine, l’oreille basse cette fois, commençait à voir la guerre et ses périls sous un aspect moins poétique et plus vrai.

Hélas ! hélas ! avec les feuilles d’automne, cette année-là combien de cœurs se flétrirent, combien d’espérances tombèrent ! Quand eurent cessé les carillons qui annonçaient la victoire, combien les plaintes gémissantes leur firent d’échos !

Le mois de novembre fut magnifique. Je n’ai pas oublié les soirées où nous restions, Mary et moi, sur les terrasses du château, jusqu’à ce que l’horloge du village sonnât le coup de minuit. Une sorte d’inquiétude nerveuse pesait sur elle. Une ombre sur le mur la faisait tressaillir, et je commençais à trembler pour sa santé, que débilitait évidemment cette longue et pénible attente ; mais je gardais mes craintes pour moi.

Nous attendions une lettre qui n’arrivait pas. Elle vint enfin, et nous ôta bien peu de nos incertitudes. Du moins pus-je clairement entrevoir que Hugh était loin d’être complètement rassuré. Il n’en fut pas de même de Mary : — Voyez, nous disait-elle, le congé de Pierce est obtenu. Il arrivera dès qu’on le jugera capable de supporter le voyage… Peut-être sont-ils en route en ce moment même !

— Heureuse jeunesse ! à qui rien n’enlève l’espérance, ce trésor des trésors, qui la fait plus riche que tous les rois de la terre !

Il fallut patienter un mois encore avant que nous parvînt une autre lettre de mon frère. Ma tante et Mary me dévoraient des yeux, lorsque je brisai le cachet ; elles cherchaient à en déchiffrer le contenu, pendant que je lisais, sur ma figure, à dessein rendue impassible. Hugh m’apprenait, en peu de mots, que nos chers voyageurs étaient arrivés la veille à Londres. Pierce était si exténué, qu’il leur faudrait y séjourner au moins huit jours avant d’entreprendre le voyage de Thorney. Le jeune malade s’attendait à guérir dès qu’il respirerait le bon air du Wensleydale.

— Dans huit jours ! rien que huit jours à présent ! s’écria Mary. Oh ! Pierce !… Pierce !… Donnez-moi la lettre, mistress Harley !…

— Puis, s’emparant de la précieuse missive, elle se réfugia dans sa chambre pour la relire tout à loisir… Simple cœur, gracieuse bonté, comment s’étonner qu’elle se fît aimer de tous ?

Le surlendemain, après le déjeuner, en me levant de table pour